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Un os à ronger

Récemment, le Président de la République française a lancé dans la cour médiatico-politique un os à ronger sous la forme d’un mot. J’ignore ce qu’il en est dans les autres pays, mais en France le verbe a une telle importance que l’on est capable de se déchirer autour d’un vocable. Ces jours-ci l’os sur lequel les politiques et les politologues se sont jetés est « décivilisation », terme utilisé dans le commentaire présidentiel sur les faits de violence qui ont émaillé l’actualité. Certains ont glosé sur sa signification et sur le choix de ce terme pour qualifier les faits, ce qui se conçoit. Pour ma part, je trouve le terme excessif pour qualifier les incivilités et les violences notamment sur les notables élus dans des conditions peu critiquables comme les maires. Dieu merci, dans la vie courante nous sommes encore civilisés et la très grande majorité de la population respecte les normes qui permettent de vivre en société. Mais plus que sur la signification, les politiques se sont déchirés sur la propriétés de l’os : à qui appartient ce mot ? Qui l’a utilisé pour la première fois ? et pour dire quoi ? Si celui qui l’a employé n’est pas respectable, alors celui qui ose à nouveau l’employer n’est pas respectable non plus. Les mots ont à présent des propriétaires, et si l’on estime que le mot a été sali par un des propriétaires, il faut le jeter à la poubelle. Quand on l’utilise à nouveau, c’est que l’on a été fouillé dans la poubelle, ce qui est vilain. Non, Les mots appartiennent à tout le monde, c’est la signification qu’on leur donne qu’il faut juger.

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P
Il suffit d'entendre parler français à la radio pour comprendre que la langue ne s'enrichit pas. Les excroissances qu'elle arbore fièrement ne sont que de la pourriture.
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S
Néologisme à faire entrer dans le Petit Robert. Où, à côté des dé- figurent aussi les mé-, comme mégenrer (attribuer à qqn un genre dans lequel la personne ne se reconnaît pas). Non, non mégère est apprivoisé depuis des lustres tout en retrouvant une actualité pour désigner des Sandrine Rousseau qui ont déconstruit leur mari.<br /> Nous sommes aux débuts de la décivilisation, mais aussi de la complosphère. <br /> Dans "1984", Orwell attribue à Big Brother le contrôle de l'idéologie dominante par la novlangue.<br /> Le despote a le privilège de la création des "barbarismes"
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B
 <br /> Le terme de "décivilisation" n'a pas été inventé par le personnage non respectable (sic) que vous croyez : il a été créé et employé pour la première fois en 1935 lors de la montée du national-socialisme en Allemagne par un certain Norbert Elias, sociologue spécialisé dans l’histoire des cultures<br />  "Je me suis posé au début la question de la civilisation comme un problème tout personnel quant au grand effondrement du comportement civilisé, à la grande poussée de barbarisation, qui se sont produits en Allemagne sous mes yeux, comme quelque chose de tout à fait inattendu. Il y eut effectivement dans le national-socialisme, une tendance latente à se laisser aller, au relâchement de la conscience morale, à la grossièreté et à la brutalité... "<br /> On n'en est pas encore là...<br />  <br /> Mais, à mon humble avis, le fait qu'il y ait en France actuellement plus de 120 agressions gratuites à coup de couteau ou de machette, qu'il y ait quotidiennement des règlements de compte et des tirs à l'arme de guerre dans certains quartiers et pas seulement des grandes villes, que près de 80% des femmes se sentent en insécurité dans la rue et que certaines commencent à se couvrir d'une "subway shirt" pour cacher leurs formes dans le métro (etc...), ne relève pas seulement d 'un sentiment d'insécurité lié à quelques incivilités marginales n'émanant pas (ça va sans dire, mais pas mieux en le disant) de la "très grande majorité de la population". 
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L
Alors que la France ne se porte pas très bien, toutes ces polémiques sont pathétiques !<br /> Mais il faut dire que le président est partie prenante desdites polémiques !
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