Récemment, le Président de la République française a lancé dans la cour médiatico-politique un os à ronger sous la forme d’un mot. J’ignore ce qu’il en est dans les autres pays, mais en France le verbe a une telle importance que l’on est capable de se déchirer autour d’un vocable. Ces jours-ci l’os sur lequel les politiques et les politologues se sont jetés est « décivilisation », terme utilisé dans le commentaire présidentiel sur les faits de violence qui ont émaillé l’actualité. Certains ont glosé sur sa signification et sur le choix de ce terme pour qualifier les faits, ce qui se conçoit. Pour ma part, je trouve le terme excessif pour qualifier les incivilités et les violences notamment sur les notables élus dans des conditions peu critiquables comme les maires. Dieu merci, dans la vie courante nous sommes encore civilisés et la très grande majorité de la population respecte les normes qui permettent de vivre en société. Mais plus que sur la signification, les politiques se sont déchirés sur la propriétés de l’os : à qui appartient ce mot ? Qui l’a utilisé pour la première fois ? et pour dire quoi ? Si celui qui l’a employé n’est pas respectable, alors celui qui ose à nouveau l’employer n’est pas respectable non plus. Les mots ont à présent des propriétaires, et si l’on estime que le mot a été sali par un des propriétaires, il faut le jeter à la poubelle. Quand on l’utilise à nouveau, c’est que l’on a été fouillé dans la poubelle, ce qui est vilain. Non, Les mots appartiennent à tout le monde, c’est la signification qu’on leur donne qu’il faut juger.