« Tous les auteurs (dont moi) du pre-print qui fait si peur en montrant que l'on pouvait soigner, ont décidé, par solidarité avec le Pr Lagier menacé par la direction, de retirer le pre-print pour ne pas laisser croire à une trahison de sa part et pour protéger les plus jeunes », a déclaré dans un tweet Didier Raoult hier soir.
Je n’ai pas l’habitude de tirer sur une ambulance, mais Mr le professeur exagère, en traitant de surcroît les autres d'imbéciles. Comme il a été dit depuis quelques jours, cette étude sur plus de 30000 cas qui s’est déroulée à Marseille dès le début de la pandémie à SARS-COV-2 jusqu'à décembre 2021 n’a pas respecté les règles déontologiques. De mon point de vue, avoir tenté un traitement alors que l’on n’avait rien en mars 2020 ne me choque pas. Par contre, continuer cette étude « sauvage », sans avoir respecté les impératifs que l’on impose à toute expérimentation sur l’être humain (car cette étude ressemble plus à un essai qu'à une simple observation comme l'affirment les auteurs), alors que de nombreuses études faites ailleurs et par des équipes crédibles montraient – malheureusement – l’inefficacité du traitement par l’hydroxychloroquine associé ou non, devenait de l'entêtement pour quelqu'un d'honnête. Encore, admettons que l’institut de Marseille voulait malgré tout continuer sa démonstration, mais là où ça devient étonnant est que la démonstration ne pouvait en aucun cas être faite puisque cette étude s’est déroulée en dépit du bon sens , en comparant des groupes non comparables, le groupe traité comportant moins de comorbidités et des patients plus jeunes. De plus « Les auteurs expliquent ici qu'ils ont utilisé un protocole ne considérant, dans le groupe traité, que les patients ayant reçu le médicament pendant au moins trois jours. Les patients morts pendant ce temps ont été affectés dans le groupe contrôle ».
De tels biais (et il y a d’autres) ne pouvaient en aucune façon démontrer l’efficacité du traitement proposé par Didier Raoult. Celui-ci a raison de dire que cette étude sur plus de 30000 cas par un médicament qui n’est pas anodin fait peur, mais pas pour les raisons qu’il avance en affirmant toujours et contre tous qu'il a raison. Notons également que les patients qui pouvaient éventuellement avoir un risque avec l’hydroxychloroquine, notamment les cardiaques, avaient été prudemment écartés du traitement, c’est à dire les mêmes qui atteint de la COVID-19 risquaient d’avoir des complications et d’en mourir. Un traitement réservé aux patients qui présentent le moins de risques d'une évolution défavorable n'a, de toute façon, guère d'intérêt.
Avant la pandémie, en tant que microbiologiste, le Pr Didier Raoult jouissait d'une bonne renommée, depuis la pandémie, nous sommes obligés après ses déclarations fracassantes, ses prises de position négatives du point de vue de la santé publique, son mépris pour ses confrères, ses erreurs non assumées, la révélation d'un nombre de publications invraisemblable (Il a signé une publication tous les 4 jours pendant 40 ans), de nous poser la question de son honnêteté intellectuelle.
Tiré du Canard enchaîné de cette semaine :
Bien entendu, il ne fut pas le seul à s'être trompé, il fait partie comme tous les autres de la cohorte des "imbéciles", mais il s'est avéré en outre dangereux et plutôt satisfait de devenir une figure brandie par les opposants parfois violents à la vaccination, et qui continueront à le brandir en tant que victime d'un complot fomenté par Big Pharma, Bill Gates...ou Soros.