Van Gogh : "Champ de blé"
Depuis des années l’utilisation du glyphosate préoccupe beaucoup de monde, notamment les agriculteurs qui s’en servent comme herbicide et les écologistes qui l’accusent de bien des maux et notamment d’être cancérigène pour l’homme.
Je ne connais aucunement la question (je vais donc dire des bêtises), mais je m’interroge sur les positions contradictoires et passionnées suscitées par ce produit que l’on utilise depuis une quarantaine d’années, je crois, mais le temps ne fait rien à l’affaire, il a fallu des décennies pour que l’on tienne compte de la face noire (et pas tellement cachée) de l’amiante.
Outre-Atlantique, Monsanto a perdu trois procès et doit verser des millions de dollars à des malades atteints d’un cancer qu’ils attribuent à l’utilisation du glyphosate, et même au dernier procès, Monsanto a été condamné à verser deux milliards à titre punitif !
Ces jugements américains laisseraient donc penser que le glyphosate est incontestablement cancérigène, et Monsanto un tueur de masse (les plaintes semblent se multiplier à l’infini). Or l’OMS par un de ses organes a déclaré en 2015 que le glyphosate est probablement cancérigène. Ce probablement écarte toute certitude et il pourrait donc bien ne pas l’être. D’autres organismes ont déclaré qu’il est improbable que le glyphosate puisse être cancérigène par voie alimentaire.
On s’étonne donc des sanctions judiciaires radicales aux USA. Mais la justice n’a rien à voir avec la vérité scientifique : une relation temporelle remplace trop souvent aux yeux des juges une relation de cause à effet.
Plusieurs centaines d’études auraient été faites en faveur du glyphosate, mais sans doute financées par Monsanto, ce qui constitue un sérieux biais pour affirmer leur validité, mais on ne peut pas affirmer, à l’inverse, qu’elles ont été entièrement et toujours manipulées. Des études indépendantes (et de Mansanto et des écologistes) ont sûrement été faites, sinon il serait temps de comparer la survenue du cancer dans la population générale avec celle touchant la population utilisant le glyphosate.
Et voilà qu’un rapport parlementaire du Sénat met en doute un effet cancérigène spécifique du glyphosate. Bien sûr les parlementaires à l’origine de ce rapport sont accusés d’utiliser l’argumentaire de Monsanto (« le glyphosate serait moins cancérigène que la charcuterie ou la viande rouge »). Un rapport qui « passe mal », surtout chez les écologistes. Mais la question est de savoir si l’argumentaire attribué à Monsanto (ce qui laisse supposer que les parlementaires à l’origine de ce rapport seraient malhonnêtes) correspond à la vérité ou pas, l’argumentaire est attaqué comme étant partisan mais pas son éventuelle valeur.
A la suite de ce rapport j’ai été surpris par une réaction de José Bové se demandant si ces parlementaires n’ont pas été approchés par Monsanto-Bayer, lorsqu’il ajoute : « ils oublient que le glyphosate ne s’analyse pas seul, mais avec ses adjuvants [...] c’est ce cocktail qui en fait sa dangerosité »
Nous voilà bien : on ne sait plus ce qui est dangereux. Il va falloir analyser tous les éléments du cocktail. On n’est pas sorti de l’auberge, à moins que l’on n’y entre pas car le glyphosate commence à coûter très cher à Bayer qui s’est payé à prix d’or une belle planche pourrie.