Le 21 novembre 2013, j’ai eu l’occasion de voir les images télévisuelles prises dans la salle de l’auditorium du musée du Quai Branly. Elles montraient l’arrivée de Jacques Chirac d’une démarche dite « sénile », à petits pas précautionneux, appuyé sur l’épaule de Bernadette. L’ancien président fut longuement applaudi, non pour sa prouesse déambulatoire, mais pour son passé, bien que discutable. Le nouveau président ne manqua pas de l’honorer dans une complicité corrézienne de bon aloi.
Par contre je n’ai pas repéré sur ces images, plutôt déprimantes, celle du véritable héros du jour pour lequel Chirac s’était si péniblement déplacé pour lui remettre le prix à son nom : le gynécologue congolais Dr Denis Mukwege qui méritait pourtant que les caméras s’attardent plus sur lui que sur les Corréziens.
Ce médecin, menacé de mort (il a subi plusieurs attaques et échappé de peu à un attentat), vit habituellement cloîtré dans son hôpital de Panzi où il tente de réparer les mutilations provoquées par les violences sexuelles et les tortures visant avec prédilection le sexe des femmes commises par la soldatesque dans le Congo en guerre. « Au total, au cours des quatorze dernières années son établissement a pris en charge, souvent chirurgicalement, 40 000 femmes, adolescentes, fillettes et même quelques nourrissons atrocement blessées par leurs bourreaux » Les viols, dit-il « n’ont rien à voir avec des agissements individuels ou un fait culture congolais. Les viols sont planifiés, organisés, mis en scène. Ils correspondent à une stratégie visant à traumatiser les familles et détruire les communautés, provoquer l’exode des populations vers les villes et permettre à d’autres de s’approprier les ressources naturelles du pays. C’est une arme de guerre. Formidablement efficace ». En ajoutant : « le monde devrait proclamer que le viol de guerre est aussi grave que l’arme chimique et décréter qu’il s’agit là d’une ligne rouge fatale ». Et dès qu’il le peut, il utilise les tribunes officielles pour avertir le monde des atrocités commises dans son pays. Un cri que l’on écoute poliment et avec commisération, mais qui risque fort de ne pas avoir d’écho en retour.
Cet homme courageux qui tente de soulager les victimes de la barbarie et au péril de sa vie mérite bien une photo.