Le client ne sera-t-il plus roi ?
Une proposition de loi visant à pénaliser les clients de la prostitution doit être discutée par les députés. Ce qui soulève un nouveau débat dans la société française, une guerre de tranchées entre les intellectuels qui, s’ils sont de sexe masculin, ont peut-être des conflits d’intérêt qu’ils n’ont pas déclarés. Certains diraient que ce nouveau débat touchant les mœurs est encore un écran de fumée de la part du gouvernement pour détourner une nouvelle fois les penseurs patentés des difficultés réelles de la société française. Encore que Hollande devant le texte initial du projet de loi se serait écrié : « C’est quoi encore ces conneries ? » et qu’il en a retiré les peines de prison prévues pour ne conserver que les amendes (Le Point du 21/11/2013).
De quoi s’agit –il ? Ni plus ni moins que de tenter d’éradiquer la prostitution en décourageant la demande. « Vaste programme » comme dirait Charles.
Les siècles passent, les empires trépassent, les monarques se succèdent, les républiques changent de numéro, les gouvernements tombent, les lois changent, et la prostitution est toujours là. Interdiction, déportation des prostituées, dépénalisation, ouverture ou fermeture des maisons closes, encadrement légalisé…De nombreuses formules ont été essayées pour contrôler ou « humaniser » la prostitution, aucune n’est évidemment satisfaisante pour lutter contre la marchandisation du sexe.
Pénaliser le client, c’est aussi constater l’échec de la lutte contre le proxénétisme, le trafic des êtres humains et leur esclavage. Mais les marchands du corps féminin (plus que masculin) sont des entrepreneurs qui hésiteront peut-être à investir dans un pays où les clients risquent de se raréfier.
Pénaliser le client, mais lequel ? Celui ayant peu de moyens pour assouvir ses pulsions sexuelles et qui s’adresse, faute de mieux, aux prostituées soumises par la violence ou le client plus fortuné ayant recours à des prostituées qui non seulement sont consentantes mais recherchent le client et parfois selon leur choix ? Il y a des personnes qui font commerce de leur corps sans y être obligées par autrui. Le cas est évident pour les acteurs et actrices des films pornographiques, faudra-t-il punir ceux et celles qui les regardent ? Une gestion pour autrui est autrement plus lourde et plus longue qu’un acte sexuel, et la plupart de ces porteuses d’enfants pour les autres ne le font pas pour le plaisir mais pour de l’argent.
Ces derniers exemples montrent que tout tourne autour du consentement de la femme ou de l’homme et non sur la marchandisation de leur corps. Et pour être juste, il faudrait d’abord établir que la personne dont le corps est utilisé contre de l’argent le fait contre son gré avant de pénaliser le client en légiférant sur sa vie privée et sur celle de l’objet de son désir. Encore une fois : « Vaste programme ».
Toulouse-Lautrec : « Femme remontant son bas »
