J’avoue que cette photo d’une trentaine de Marocains et Marocaines rendant hommage sur une plage de Rabat au petit Aylan Kurdi retrouvé mort noyé sur une plage turque me rend mal à l’aise.
Ce simulacre mortuaire pendant une vingtaine de minutes imitant la position de l’enfant mort, telle qu’elle a été photographiée et largement diffusée, tient plus de la tragi-comédie que de l’hommage. D’autant plus que les motivations du voyage hasardeux de la famille Kurdi prêtent peut-être à discussion.
Personne n’a fait de simulacre mortuaire pour les enfants non musulmans assassinés par les coupeurs de têtes, parce que non musulmans, et dont on évite de montrer les photos tant elles sont cruelles.
Contre quoi et qui protestaient ces Marocains ?
Contre l’Europe ? Qui a tout de même accueilli depuis le début de l’année 366402 personnes ayant traversé la Méditerranée et qui n’est aucunement responsable des 2800 disparus.
Contre les passeurs ? Qui prennent beaucoup d’argent pour entasser ces malheureux dans des embarcations fragiles.
Contre les musulmans de l’Etat islamique dont les décapitations et les viols font fuir les populations ?
Contre Bachar el-Assad, allié des Russes et de l’Iran, qui participe au massacre de sa propre population ?
Non, manifestement, ces Marocains protestent contre les Européens coupables, forcément coupables, de ne pas affréter des bateaux pour aller chercher les migrants voulant fuir leur pays.*
Que ces Marocains imitant l’enfant mort se rassurent, le flot ininterrompu des migrants cherchant à sauver leur vie ou aspirant à une vie meilleure emprunte à présent la voie terrestre qui s’avère plus sûre.
Mais combien de réfugiés authentiques ?
Tout le monde a été frappé de voir sur les photos et les vidéos une écrasante majorité d’hommes parmi ces réfugiés. Cependant d’après l’UNICEF, en Macédoine, un tiers serait constitué de femmes et d’enfants.
D’après cette statistique de l’UNICEF, admettons que 30% de ces réfugiés venus par voie terrestre sont des femmes et des enfants (et là ce sont des réfugiés authentiques) et que les familles, pour schématiser, sont constituées d’une femme (10%), d’un homme (10%) et de deux enfants (20%), les familles fuyant la guerre représenteraient 40% des immigrés.
Resteraient 60% d’hommes seuls (au moins), le plus souvent jeunes.
Ces hommes seuls qu’ont-ils fait de leurs femmes et/ou de leurs sœurs ?
Les ont-ils laissées lâchement en zones de guerre comme quantités négligeables ou s'ils sont mariés (mais la majorité est jeune) espèrent-ils un regroupement familial ? Ou viennent-ils en Europe pour des raisons économiques afin d’améliorer le sort de ceux qui sont restés au pays ?
Et je vous prie de m’excuser pour ces calculs un peu sordides s’agissant du malheur des autres, mais j’ai trouvé irritant et indécent ce simulacre mortuaire. Cet enfant mort a droit à notre respect, sans être sans cesse instrumentalisé.
*Cette "démonstration" sur la plage de Rabat, applaudie par les spectateurs, a été organisée par une actrice marocaine. Un journaliste y participant a déclaré que la Méditerranée devrait rester un espace de partage et d'échanges et non une barrière. Mais il me semble que ces échanges existent : l'Europe accueille les migrants venus du sud et le Maroc les touristes venus du nord.
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Dans le commentaire 18, Souris donc m'a signalé que sur une plage de Gaza on n'a pas hésité à instrumentaliser de façon quasi ludique la mort d'un enfant.