Si « mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde », que signifie la manie de renommer les choses ? Dans certains cas, il peut effectivement s’agir d’une meilleure dénomination plus précise et/ou plus exacte ou d’un bouleversement réel de la chose qui mérite de ce fait un autre nom. En politique, il s’agit le plus souvent de la manifestation d’une incapacité à résoudre un problème ou de la volonté de faire savoir que l’on s’intéresse à une question et que l’on en cherche la solution ou pour donner l’illusion d’en avoir trouvé une. C’est en particulier le cas lorsque l’on change le nom d’un organisme qui, en général, après son nouveau nom continuera à fonctionner, à peu de choses près, de la même façon qu’avant. Changer de nom c’est avant tout de la gesticulation communicationnelle, voire carrément de la propagande lorsqu’au début des années 2000 les
« plans sociaux » ont été remplacés par les « plans de sauvegarde de l’emploi ». Un nouvel exemple vient de nous être donné avec le projet du candidat Emmanuel Macron de rebaptiser « Pôle emploi », qui avait nécessité un changement de logo en 2009 ayant déjà coûté 500000 € à l’époque, pour le remplacer par le nom original et énergique de « France Travail ». Un nouveau baptême qui va surtout faire travailler à prix d’or les concepteurs du nouveau logo, en y ajoutant le coût de sa diffusion, sans pour autant faire augmenter les offres d’emplois et la satisfaction des demandeurs. Un changement de nom peut être assimilé à la création d’une commission pour enterrer un problème ou à un Grand Débat pour accoucher d’une souris (qui se carapate le plus souvent une fois les lumières éteintes) dont l’intérêt est d’épuiser les participants qui, après sa clôture, n’ont plus le courage de manifester leur mécontentement, au moins pour un temps.