Je sais bien que l’esprit de finesse n’est pas le trait dominant de la propagande, il est même préférable de ne pas en user si l’on veut être compris, et si l’on veut frapper assez fort les esprits pour en chasser toute réflexion et toute critique. Cependant, si l’on met à part les débiles mentaux et les gens assez intelligents pour être rémunérés afin de la diffuser, il est souhaitable que la propagande ait un air de vérité pour avoir un large impact. Je suis donc étonné par la lourdeur mensongère de la propagande russe pendant cette crise ukrainienne. Poutine a été formaté par le régime soviétique, et le régime actuel de la Russie n’est pas très éloigné de l’ancien régime communiste, à la différence que la nomenklatura a été remplacée par les oligarques, et avec une efficacité plus grande pour ce qui concerne le pillage des ressources et l’enrichissement privé. La propagande russe d’aujourd’hui est donc l’héritière de la propagande d’hier. On est simplement passé de la « vipère lubrique » si chère aux soviétiques, aux « nazis drogués » à la tête de l’Ukraine, et notre chanteur Francis Lalanne (aussi méchant que bête) y ajoute une touche personnelle en traitant le président élu de l’Ukraine de « lâche » et de « psychopathe ». La propagande est sans doute surtout destinée aux Russes pour justifier cette guerre, aussi parle-t-on sans la moindre décence de « génocide » subi par les russophones, et de « charniers », et l’on trouvera aisément des images pour le prouver. Mais même pour les Russes qui ont entendu Poutine brandir la menace de l’arme nucléaire, comment peuvent-ils croire le ministre russe qui a récemment déclaré à la TV, sans sourciller, que c’est l’Europe et notamment la France qui en a d'abord parlé ? Ce qui est également étonnant c’est le nombre de Français, dont les sources d’informations – contrairement aux Russes - sont multiples, capables de gober la propagande des médias russes, et d’affirmer simultanément, à la satisfaction des autorités russes, que la propagande et le mensonge viennent essentiellement du gouvernement français. Comme quoi, même quand c’est gros, ça passe lorsque les esprits sont réceptifs. Illustration : Bernard Buffet : « Ulysse et les sirènes »