Il est tout même curieux d’utiliser le mot « people » pour désigner des individus plutôt fortunés qui n’ont rien à voir avec le peuple : acteurs, chanteurs, vedettes des médias, écrivains à la mode, fils et filles à papa, grandes fortunes, nobles résiduels, personnages extravagants et même politiques qui ne négligent rien pour se faire voir, y compris à jouer les clowns à la télévision.
« Peuple » - masse anonyme et sans visage – ou « gens » pour désigner un groupe de personnes indéterminées, alors que les « people » sont connus de beaucoup car l’un de leurs objectifs est de se montrer devant celui des photographes afin de continuer à l’être, et pour cela courir les manifestations les plus diverses et répondre aux invitations où ils rencontreront plus ou moins les mêmes personnes mijotant en vase clos dans la consanguinité du champagne.
Détournement du sens d’un mot, mais peut-être cette usurpation a-t-elle été faite initialement par ironie : désigner par le mot « people » ce qui est tout son contraire, comme les régimes dictatoriaux ont tendance à inclure le mot « démocratie » dans leur désignation, ce que ne font pas les démocraties authentiques. A leur époque, les « démocraties populaires » ajoutaient un pléonasme à la double usurpation de sens. Par contre, les « people » sont réellement populaires, car une partie conséquente du bon peuple d’en-bas suit avec fascination et envie leurs ébats mondains et leur vie dorée dans les magazines spécialisés : coucheries, mariages, divorces, grossesses, enfantements, habitats, confessions, et étalage de leurs écarts, certains d’entre eux finissant par se consumer à la lumière jusqu’à disparaître.
Illustration : Jack Vettriano