L’occupation actuelle de la Place de la République par une majorité de jeunes me rappelle évidemment Mai 68 que j’ai vécu sans y participer car cette révolte m’était apparue comme une manifestation ludique d’enfants gâtés qui avait cependant failli mal tourner. A l’époque, les orateurs discutaient pendant des heures dans les amphithéâtres sur la hiérarchie et la démocratie, mais peu sur l’économie. A cette occasion certains ont pu se faire un nom qu’ils ont fait fructifier.
Aujourd’hui, les enfants sont nettement moins gâtés en raison du chômage, de l’islamisme et du SIDA, même s’ils le sont par rapport à la jeunesse de la plupart des pays, les immigrés illégaux qui se manifestent sur la place avec eux sont là pour le prouver.
Car les participants aux « assemblées générales » (complétées par diverses commissions, où je reconnais Mais 68 : logistique, actions, international, accueil et sérénité, etc.) où l’on se saoule de paroles («Ici, on est vraiment libre» a déclaré une étudiante comme si elle ne l’était pas ailleurs, et une autre aurait voulu s’inspirer du zapatisme, révolte des paysans du sud du Mexique, ou de la Commune de Paris !), s’ils ont tous une « sensibilité de gauche » (à définir), sont d’une grande diversité : "Droit au logement", intermittents du spectacle (ils n’en ratent pas un), sympathisants du Front de gauche (Mélenchon aimerait bien être là, mais il n’a pas encore été sollicité), de l’extrême gauche, du parti communiste, de la CGT et bien sûr les promoteurs du film « Merci patron » dont le réalisateur François Ruffin, responsable du journal alternatif Fakir et à l’origine du mouvement « Nuit debout », n’hésite pas à dire que « ce film, c’est une oasis de joie dans le désert de morosité de la gauche ».
La générosité des propositions confirme le romantisme habituel des jeunes mais comme tout romantisme, non exempt d’aveuglement : les questions d’immigration et de discriminations, notamment contre les musulmans (victimes aisément autoproclamées), sont abordées, le vote sur la « régularisation de tous les sans-papiers et migrants sur le territoire français » est validé, l’accueil de tous les réfugiés ne fait pas un pli (sans doute un remède contre le chômage), l’idée sympathique d’inscrire la langue des signes comme langue officielle dans la Constitution aurait remporté un gros succès. On se lève évidemment contre l’état d’urgence, mais la question du terrorisme ne semble pas, à ma connaissance, avoir été soulevé.
Eh ! les jeunes ! Nous ne sommes plus à l’époque de Mai 68. C’est un peu plus compliqué et vos solutions sentent la naphtaline...Encore que :