Personne n’est dans la tête de Poutine, et il vaut mieux ne pas y être tant la position serait inconfortable. Loin de triompher sur la planète, comme le prédisait imprudemment Francis Fukuyama il y a trente ans, le modèle démocratique régresse. Les dictateurs sur les terres de l’ancien empire soviétique s’emboîtent comme des poupées russes, et une nouvelle poupée en Ukraine, à l’ombre des chars poutiniens, ne va pas tarder à rejoindre les autres. On s’entend très bien entre dictateurs surtout si les uns dépendent des autres. L’agression russe contre l’Ukraine, calquée dans sa communication sur celle qui avait jadis encadré les interventions de l’Allemagne nazie dans l’est de l’Europe au seuil de la IIe Guerre Mondiale, est approuvée par le Vénézuélien Maduro qui a ruiné son pays et le Syrien Bachar al-Assad qui a ensanglanté le sien. Du beau monde. En France, les pro-poutiniens accusent l’OTAN d’intentions belliqueuses contre lesquelles Poutine ne ferait que prendre des mesures préventives. Le statut de victime ne manque pas d’être recherché par les bourreaux. On ironise sur les tentatives diplomatiques vaines d’Emmanuel Macron, mais que n’aurait-on
pas dit s’il ne les avait pas tentées ? Par contre la petite vidéo passée ce matin sur la réunion du Conseil de défense et de sécurité nationale dans les sous-sols de l’Elysée où l’on voyait le président de la République marmonner quelques phrases sans intérêt pour médiatiser la solennité du moment, était un peu ridicule, si son discours par la suite ne l’était pas. Mais de toute façon beaucoup moins ridicule que la paranoïa inquiétante du tsar Poutine séparé des membres de son Conseil de sécurité par l'équivalent d'un terrain de basket.