Lorsqu’un musulman (puisque c’est ce type de croyant qui est le plus souvent en cause) se livre à une agression au nom de sa religion ou dans un contexte religieux, le préalable est de demander l’avis à un psychiatre sur le discernement de l’agresseur au moment de son acte. C’est ainsi que l’Africain Traoré, drogué au cannabis, qu’il consommait cependant régulièrement, ayant roué de coups sa voisine juive Sarah Halimi considérée comme satanique, avant de la jeter dans le vide en 2017, a été définitivement déclaré irresponsable pénalement par la cour de cassation en avril 2021. Il n'y a donc pas eu de procès, et je ne sais pas ce qu’il est devenu, mais je ne suis pas inquiet pour lui. Ce meurtrier avait cependant eu suffisamment de discernement pour s’attaquer à une Juive et non pas à une autre mécréante.
Comme je l’ai dit ailleurs, on peut toujours se demander si les fanatiques obnubilés par des idées fixes conservent leur discernement, et ne sont-ils pas tous irresponsables ?
Récemment un jeune musulman a été appréhendé car jugé dangereux par son attitude et ses déclarations sur les réseaux sociaux. Et qu’a-t-il déclaré pour sa défense ? Qu’il n’était pas responsable car sous emprise, un concept à la mode que l’on trouve de plus en plus dans les médias à propos de sexe. Dans un sens il a raison, la religion peut exercer une emprise sur les individus au point de leur faire faire n’importe quoi et notamment un meurtre.
Après l’absence de discernement, l’emprise devient la deuxième mamelle de l’irresponsabilité, celle-ci précédant l’autre. L’emprise comme le discernement est un concept à géométrie variable. Lorsque l’on est sous emprise, quelle est la part d’acceptation volontaire ou de désir de soumission et donc de responsabilité ? L’emprise, en dehors de la violence ou du chantage comme moyens de pression, est une prise de conscience a posteriori d’avoir été une victime, ce qui permet d’exclure, quand il ne s’agit pas d’un jeune non émancipé victime d’un adulte, sa part d’inertie, de velléité ou même de satisfaction dans la situation de dépendance psychologique. Plutôt que d’emprise ne devrait-on pas parler d’abus de faiblesse ? A condition que cette faiblesse ne soit pas provoquée par un moyen quelconque.
On ne peut qu’approuver l’actrice Judith Godrèche quand elle œuvre aujourd’hui pour la protection des enfants dans le milieu du cinéma après s'être considérée elle-même comme victime du réalisateur Benoît Jacquot. Mais on peut aussi se demander dans quelle mesure la déclaration d’Anny Duperey était condamnable lorsqu’elle a fait remarquer : « Je vais me faire taper dessus, mais je pense que tout cela est extrêmement exagéré. Six ans avec un réalisateur, sous emprise je veux bien, mais quand même consentante non ? […] Je ne sais pas trop quoi penser de ce truc-là, mais je n’aime pas trop les chasses aux sorcières tardives. ». Par contre, la réaction dans les médias et les réseaux sociaux ne s’est pas fait attendre pour condamner Anny Duperey et quelques jours seulement après sa déclaration intempestive, elle a été excommuniée du marrainage de l’association « SOS villages d’enfants ».
On tire à vue sur l’individu qui sort du troupeau.
Illustration : Fernand Pelez « La victime ou l’asphyxiée »