Le rêve (AFP photo de Ludovic Marin)
Il fut un temps où les choses étaient claires en ville : la chaussée était réservée aux engins motorisés et les trottoirs aux piétons. Il était admis que les piétons pouvaient s’aventurer sur la chaussée, certes à leurs risques et périls, mais les quelques protections, lorsqu’elles étaient respectées, et la connaissance du sens du flux circulatoire permettaient de limiter la morbi-mortalité.
Mais l’écologie vint. Elle rendit les moteurs à explosions pestiférés et encouragea les déplacements dans la cité sur des engins à petites roues qui étaient autrefois plutôt réservés aux enfants et pour une utilisation essentiellement ludique.
On a donc vu fleurir : patins et planches à roulettes, grosses roues électriques entre les pieds, vélocipèdes entre les jambes et bien sûr les trottinettes de notre enfance devenues électrifiées et pouvant atteindre les 40 km/heure, à disposition dans les rues et que l’on abandonne un peu partout après usage, constituant autant d’obstacles dangereux pour le marcheur distrait.
Et où circule ce petit monde à roulettes ? De préférence sur les trottoirs ou passant inopinément de la chaussée au trottoir et inversement, rendant ainsi toute prévision aléatoire. Le trottoir a donc cessé d’être un havre de paix pour le piéton, obligeant celui-ci à avoir en permanence les sens en éveil, en s’abstenant de toute contemplation ou de toute distraction s’il ne veut pas terminer aux urgences.
Il est parfois plus sûr de longer la chaussée en prenant garde cependant aux pistes cyclables empruntant les voies à contre-sens.
Ajoutons à cela la multiplication des fosses à travaux que l’effondrement d’immeubles soufflés par des explosions au gaz a encouragé à creuser, montrant à ciel ouvert d’inquiétantes conduites vétustes dont il est préférable d’éviter la vue pour ne pas altérer ce qui reste de notre sérénité après avoir évité tous les dangers déambulatoires décrits précédemment et qui se sont encore accrus chaque samedi depuis plus de trois mois.