Hier, au cours du débat entre Fillon et Juppé, à propos de l’IVG sur laquelle Fillon est volontiers attaqué alors qu’il ne cesse de répéter qu’il n’est pas dans ses intentions de modifier la loi, il finit par dire, en substance : « je suis un homme et l’IVG est l’affaire des femmes ».
Ce matin une journaliste sur France inter a rapporté avec gourmandise ces propos comme s’il s’agit dune incongruité misogyne et scandaleusement « genrée », en ajoutant, satisfaite : « et les réseaux sociaux se sont déchaînés ».
Je trouve, au contraire, que Fillon est là pleinement réaliste. Si la législation est l’affaire de tous, interrompre volontairement sa grossesse est évidemment décidé dans l’incertitude, la douleur, et parfois les regrets par la femme, et dans l’immense majorité des cas par elle seule lorsqu’il ne s’agit pas d’un avortement thérapeutique.
Je ne sais pas de quelle façon « les réseaux sociaux se sont déchaînés » à ce propos de bon sens. Je ne ramasse pas les crottes d’oiseau lâchées par twitter et s’il m’arrive d’en voir, c’est parce qu’elles sont volontiers étalées dans les médias à titre de pseudo information.
C’est ainsi que la foule s’est réfugiée dans les réseaux sociaux – confortablement assise - où elle peut se permettre, le plus souvent anonymement, de déverser sa haine et parfois ses mensonges sur un individu dans un substitut virtuel du lynchage, mais qui peut devenir mortel pour celui ou celle qui le subit. La corde est ici remplacée par des phrases ou des images assassines lancées dans l’ombre par quelques meneurs quasiment certains de leur impunité, et que la foule de pseudonymes suit courageusement avec délice.
Dessin de Steinlen, La Feuille n°6 du 21 janvier 1898