Hans Memling était un peintre allemand du XVe, classé comme primitif flamand, il est vrai qu’il devint citoyen de Bruges. Avant la création des nations, les gens, et notamment les artistes, bougeaient beaucoup malgré des moyens de communication qui se résumaient au cheval pour les plus aisés, à la marche pour les plus pauvres et au bateau poussé par le vent pour le lointain.--- Le triptyque ci-dessus est une huile sur bois représentant le Jugement dernier. Il est exposé au musée de Gdansk en Pologne à la suite de son vol par un pirate, dont les armateurs étaient de cette ville, lors de son transfert vers l’Italie pour rejoindre son propriétaire italien qui l’avait commandé au peintre. Si le triptyque a subi par la suite plusieurs vols par différents pays au gré des guerres, il fut finalement restitué au premier voleur, mais jamais à l’Italie.--- Je le trouve impressionnant. D’abord, il est très beau par ses couleurs (il a été restauré). A droite (c’est toujours le bon côté) du Christ, les pieds sur le globe impérial, à la bouche l’épée de la justice et le lys de la miséricorde, l’entrée au paradis des favorisés, accueillis par St Pierre et à qui sont restitués leurs attributs. A sa gauche : la rôtissoire. Au milieu, au pied des élites, c’est le suspense pour ceux qui sortent de terre et qui ont perdu leurs habits de l’enterrement au cours du voyage vers l’au-delà, certains conservant pudiquement leur linceul. Le choix de St Michel, plus guerrier qu’ange, n’est pas toujours simple lors de la pesée des âmes car on voit un ange et un démon se disputer le corps d’un postulant.--- La représentation de l'humanité est dégradante : un amoncellement de corps nus dans tous les sens, grouillant comme des essaims d’insectes ou une fourmilière que l’archange disperse de sa botte de soldat, insensible aux supplications et aux prières de ceux d’en bas, sous le regard indifférent de ceux d’en haut.--- Le Jugement dernier est la représentation de la cruauté, elle est d'ailleurs exprimée par les paroles des messes de requiem où dominent culpabilité et terreur de l'Au-delà. Ce n’est pas une Bonne Nouvelle et l’arc-en-ciel sur lequel trône le Christ et qui se veut le symbole de la réconciliation entre Dieu et l’humanité tient plus de la communication que de la sincérité.