Je suppose que Nicolas Sarkozy doit ronger son frein. Je suppose qu'il est ulcéré de ne pas être sur le devant de la scène, et de voir grandir la stature de François Hollande, tirée vers le haut – non par des talonnettes - mais par les circonstances exceptionnelles que vit la France, et qu'il semble correctement assumer.
Hollande n'a pas hésité à aller de pays en pays pour tenter de mettre sur pied une grande coalition contre l'Etat islamique, certes avec un piètre résultat, mais on ne pourra pas lui reprocher de ne pas avoir été réactif, et d'avoir tenté de le faire. Peut-être que l'avenir montrera, d'ailleurs, que ceux qui refusent aujourd'hui cette coalition auront eu tort.
Quant au registre compassionnel, la prestation de Hollande s'est toujours montrée à la hauteur, au point d'en abuser. Les acteurs ne rejettent jamais un rôle où ils excellent.
Et énorme cerise sur le gâteau, voilà la grande messe écologique qui réunit 150 chefs d'état, et qui permet à Hollande de parader pour la bonne cause au milieu du gratin mondial.
Intolérable.
Que pourrait reprocher Sarkozy à Hollande ? En dehors, bien sûr, de l'état de l'économie française qui ne peut que s'aggraver dans les circonstances actuelles, mais où l'ancien Président de la République a largement sa part de responsabilité.
Sarkozy n'est pas de ceux opposés à l'interventionnisme en Syrie ou ailleurs, étant lui-même passé par la case Libye. Il ne peut lui reprocher que le retard à l'allumage. Mais l'application de l'état d'urgence, et le contrôle des frontières auraient paru disproportionnés et sans doute critiqués après les attentats de janvier qui visaient des cibles spécifiques, alors que ceux du 13 novembre était un acte de guerre touchant la population sans distinction.
Mais le retard à l'allumage est certain pour ce qui concerne le contrôle plus serré et des interventions plus énergiques dans les milieux islamistes que l'on connaissait pourtant. Un retard dans l'utilisation d'un langage moins hypocrite, en cessant de psalmodier le « ça n'a rien à voir avec l'islam », et dont les gouvernants ont du mal à se débarrasser puisqu'ils hésitent à utiliser le terme « d'Etat islamique » pour le remplacer par « Daech » qui veut dire la même chose, mais en arabe. Les barbares qui le composent font partie d'un islam hétérogène comme l'inquisition fit partie du christianisme.
Mais le retard à l'allumage dans ce domaine n'a-t-il pas touché également Sarkozy quand il était au pouvoir après les assassinats d'enfants dans une école juive et de soldats français ?