Les extrêmes, de la droite dont le FN, et Mélenchon, souvent sur la même ligne, s’élèvent contre le discours de Macron à l’occasion des 75 ans de la rafle du Vel d’Hiv qui rappelait, comme l’avait fait Chirac, la responsabilité de la France dans la déportation et l’extermination des 13000 Juifs arrêtés en juillet 1942, dont 4000 enfants et plus de femmes que d’hommes. Rafle organisée (notamment par Bousquet, le copain de Mitterrand) et exécutée par la police et la gendarmerie françaises en prenant des initiatives qui n’avaient même pas été exigées par les Allemands.
Pour Marine Le Pen et Mélenchon, la France n’est aucunement responsable de cette ignominie car « le régime de Vichy n’était pas la France, la France était à Londres », ce qui suggère au passage que la majorité des Français s’était engagée dans la résistance en suivant De Gaulle, ce qui bien sûr n’était pas le cas ; 1942, c’était bien trop tôt pour les résistants de la dernière heure, le premier revers de l’armée allemande à Stalingrad n‘avait pas encore eu lieu, la bataille venait juste de commencer, le jour même de la rafle du Vel d’Hiv, le 17 juillet 1942.
Selon cette affirmation, il existerait une France éternelle, toujours égale à elle-même, vertueuse et fraternelle, incapable de vilénies. Et à côté de cette France irréprochable, il existerait – en quelque sorte dissociée par un mal schizophrénique – un gouvernement de la France que l’on peut accuser de tous les crimes et qui ne devient légitime que s'il se conduit correctement.
Le paradoxe pour le FN est son amour pour De Gaulle alors qu’au moment de la Guerre d’Algérie, Le Pen sénior et ses partisans de l’époque étaient plutôt dans le camp de ceux qui voulaient l’assassiner et on aurait trouvé parmi eux nombre de sympathisants du Régime de Vichy. Il est fort possible que des nostalgiques de « Travail, Famille, Patrie » s’y trouvent encore.
Mélenchon, lui, arrange l’histoire de France à sa manière. Comme il efface les excès sanglants de la Révolution française, Il oublie que les pleins pouvoirs avaient été donnés au Maréchal Pétain par l’Assemblée nationale régulièrement élue, au soulagement de la plupart des Français partisans de l’armistice. Ce n'était pas la France dit-il car la France c'est la République (et non "l'Etat français" de Vichy) en oubliant qu'elle a été plus longtemps monarchique et que ce sont les rois qui l'ont constituée.
Un pays est bien trop difficile à définir car trop divers. Dire que la France était à Londres est une vision réductrice, et optimiste, mais d'un autre côté les collaborateurs avec l’Allemagne étaient minoritaires, et si certains se livraient à la délation ou avaient largement participé aux basses oeuvres de l'occupant, nombre de Français risquèrent leur peau pour sauver des Juifs surtout après la rafle du Vel d’Hiv car auparavant ils furent plutôt indifférents à leur sort, mais avec les conditions terribles de cette rafle, beaucoup prirent alors conscience de l’ignominie perpétrée par leur propre gouvernement, notamment à l’égard des enfants qu’ils ont contribué par la suite à sauver.
Anselm Kiefer : « La lande de la Marche de Brandebourg »