Il semble bien que plus la science progresse plus les esprits régressent. La récente étude de l'IFOP demandée par les fondations Reboot et Jean Jaurès, publiée le mois dernier, montre qu’en 50 ans (par rapport à une étude faite en 1972) l’obscurantisme a fait des progrès chez les jeunes. Avec une défiance vis à vis de la science considérée comme bénéfique par seulement un tiers des jeunes de moins de 24 ans (55% en 1972).
Le paradoxe est que les jeunes sont fanatiques des outils apportés par les progrès scientifiques dont fait partie internet, et dont ils ne peuvent plus se passer jusqu’à en être intoxiqués en devenant leur source quasi unique d’information. Quand on se branche sur un seul canal qui draine le pire comme le meilleur avec un esprit critique qui n’a guère été aiguisé par l’école, le pire peut paraître plus séduisant que le meilleur en préférant ce qui se déverse sur les réseaux sociaux plutôt que consulter les sources universitaires ou contrôlées, surtout lorsque l’on considère que le nombre d’abonnés est garant de la crédibilité de l’informateur.
C’est ainsi que plus les jeunes consultent les réseaux, et notamment Tik Tok, plus ils adhèrent aux croyances irrationnelles, et davantage pour les croyants à une religion (les musulmans venant en tête), les femmes (pour le paranormal ou les pseudo sciences) et les moins fortunés. La terre plate, le créationnisme, le faux voyage sur la Lune, l’astrologie comme science exacte, l’occultisme, les fantômes, la sorcellerie, les démons etc… ont leurs croyants. Seulement un tiers des jeunes rejettent toutes ces croyances irrationnelles, et deux tiers adhèrent à l’une d’entre elles au moins. Les jeunes se régalent des complots et par ailleurs on y trouve volontiers des anti-vaccins, des partisans de l’efficacité de l’hydroxychloroquine affirmée par Raoult (25%), des pro-Trump (33%) et des pro-Poutine (25%).
En 50 ans la jeunesse est devenue nettement plus irrationnelle, plus près des croyances que des preuves, et les réseaux sociaux pétris de fausses informations comme le rejet systématique des informations officielles en sont en grande partie responsables. La science a ainsi inventé les outils qui poussent la société à s’en éloigner ou même à la combattre comme nous le voyons dans le domaine de la santé. Ces jeunes dont on constate aujourd'hui la régression en 50 ans viendront sans doute accroitre l’obscurantisme demain.
Illustration : Goya "le grand bouc"