J’ai toujours été étonné par l’omniscience présumée des dirigeants. Nos ministres, pour beaucoup, exercent des responsabilités dans des domaines pour lesquels ils n’ont pas été formés dans leur vie antérieure et peuvent passer d’un ministère à un autre avec la même incompétence et faire des déclarations définitives avec la même assurance sur des sujets qu’ils ne connaissent pas, en ressortant le contenu de fiches préparées par d’autres.
J’ai ressorti ce petit paragraphe de mon article « Les Omnis » (qui date de 4 ans) et j’y ajouterai que lorsqu’un(e) ministre commence à devenir compétent(e) dans le domaine qui lui avait été confié, on le change de poste, illustrant ainsi le principe de Peter : « Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence ». Principe qui part du postulat que ceux qui sont incompétents restent à leur poste et que ceux qui sont promus en raison de leur compétence risquent de devenir incompétents à un niveau supérieur [ou à un poste différent], pour aboutir à la conclusion que la plupart des postes dans une organisation sont occupés par des incompétents.
Préambule pour saluer la franchise de Fleur Pellerin qui a avoué ne pas avoir eu le temps de lire un seul livre depuis deux ans, et ne pas connaître un seul des livres de Modiano alors qu’elle a déjeuné avec le nouveau prix Nobel de littérature. Modiano n’étant pas un perdreau de l’année, écrivain fort connu et largement primé, elle aurait pu lire un de ses livres (et éventuellement ne pas l’aimer et ne pas en lire d’autres) avant de devenir ministre qui est, en effet, une occupation ne laissant guère de loisir. Elle aurait pu aussi faire l’effort juste après l’attribution du prix Nobel à Modiano de lire un de ses romans (qui sont forts courts). Ne pas l’avoir fait dénote chez elle un fâcheux manque de curiosité.
L’ennui est que Fleur Pellerin est ministre de la culture et sa franchise montre aux jeunes générations que l’on peut le devenir en n’ayant guère de goût pour la culture ou en tout cas pour la littérature.