«Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecins, mais les malades. » Jésus (Evangile selon St Marc 2/17).
Bien que divine, cette affirmation est totalement dépassée.
Pendant des siècles, la santé était définie de façon négative : l’absence de maladie déclarée. Pas de maladie, pas de médecine. Les choses ont changé, le sujet sain est également devenu l’objet de la médecine, ne serait-ce que par la prévention et les vaccinations. Mais la médecine, par ses connaissances du corps humain et les moyens qu’elle possède pour le modifier, offre des possibilités d’améliorer la vie du sujet en bonne santé apparente. En accédant à cette demande et parfois à cette exigence, la médecine se déconnecte des maladies, ne cherche plus seulement à rétablir la santé ou à la préserver, mais à modifier l’autre ou à influer sur son destin en utilisant les mêmes moyens que pour guérir. Elle change sa nature en changeant ses objectifs. Cette orientation est plus due à la société qu’aux médecins eux-mêmes (extrait de l'article « La médecine du bonheur »).
Dans les années quatre-vingt est né aux USA un courant de pensée : le transhumanisme qui repose sur l’idée que les nouvelles technologies (regroupées sous l’acronyme NBIC pour nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) devraient être utilisées pour améliorer les capacités physiques et intellectuelles de l’homme, afin de modifier profondément sa condition. Bien sûr, et depuis longtemps, la médecine tente d’améliorer la condition humaine par des techniques de substitution comme les lunettes ou les prothèses. Mais le transhumanisme envisage d’aller plus loin en augmentant les capacités humaines et créer un homme nouveau ; « l’homme augmenté ».
A ce propos, le CREDOC a publié récemment les résultats d'une enquête auprès des Français. Moi, qui suis un médecin de la vieille école avec le souci d’intervenir le moins possible lorsque les gens se portent bien, je suis un peu surpris que, d’après cette enquête, pour une majorité de Français (près de 60%), les progrès de la médecine sont tout d’abord destinés à « améliorer les capacités physiques et mentales d’une personne en bonne santé » et que ces progrès « ne doivent pas se limiter à soigner les maladies », avec des différences en fonction des catégories sociales : « Les cadres et professions intellectuelles supérieures, les hauts revenus, les habitants de l’agglomération parisienne s’inscrivent le plus dans une logique qu’on pourrait apparenter au transhumanisme et considèrent plus souvent que l’homme doit chercher à augmenter ses capacités » (le CREDOC, Régis Bigot et Sandra Holbian).
Mais si 60% des Français sont prêts à une modification de leur corps (comme la greffe d’un bras robotisé), par contre ils ne sont plus que 14 % à juger admissible l’idée d’installer « des composants électroniques sur le cerveau pour améliorer ses performances ». Pas touche à mon moi. Et pas touche à ma vie privée : 76 % des Français sont opposés à l’implantation d’un capteur sous la peau pour surveiller en permanence différents paramètres de santé par crainte d’une intrusion dans leur vie privée par les personnes chargées de collecter les données, personnes dans lesquelles ils n’ont a priori aucune confiance.