Sur Europe 1, Chevènement s’est permis de conseiller aux musulmans de faire preuve de discrétion dans l’espace public. Ce qui n’a pas manqué de soulever de l’ironie sur les réseaux sociaux, du genre : « je ne fais pas ma prière, je consomme mes 5 fruits et légumes par jour ».
Amusant, mais hors sujet, sauf s’il s’agit, comme ce fut un moment le cas, des prières front à terre faites dans la rue et que l’on pouvait considérer comme des provocations revendicatives.
Cette discrétion recommandée concerne peu les hommes musulmans, car en dehors de quelques groupes salafistes habillés comme au temps de leur prophète mais qui ne dédaignent pas prendre le métro parisien à défaut de monture, elle concerne surtout les femmes.
En Islam, qui est autant un projet de société qu’une religion, les femmes sont bonnes à tout faire.
Les femmes qui affichent, de gré ou de force, leur façon d’appartenir à l’islam en ne laissant visible de leur corps, devenu honteux, que le minimum de peau nue, le font plus pour ne pas provoquer les instincts sexuels de la gent masculine que par une pudeur nouvellement acquise pour la plupart d'entre elles, et destinée à s’effacer qu’au profit du conjoint qui souhaite que leur épouse reste invisible aux autres hommes.
Mais elles peuvent par leur accoutrement devenir paradoxalement objets de provocation pour les non musulmans, plus pour les non croyants que les tenants d’une autre religion monothéiste dont les prêtres espèrent, avec la poussée de l’islam, voir progresser la religiosité de la société au profit de leur chapelle.
Si dans d’autres sociétés, notamment anglo-saxonnes, on a l’épiderme moins sensible à l’habitus religieux, à partir de quel moment la société française considère-t-elle qu’une manifestation ethnico-religieuse peut être une provocation ?
D’abord, c’est une question de quantité : personne ne se sent agressé par le turban d’un sikh ou la discrète kippa d’un juif, alors que les musulmanes « accoutrées » sont plus visibles et de plus en plus nombreuses. Cette progression même peut être considérée comme un provocation dans une société laïque, agressée par un terrorisme qui se revendique de l’islam, et dont se revendiquent également ces femmes voilées. Sans tomber dans la marmite de l’amalgame c’est tout de même un point commun qu’il est difficile de nier et qui justifierait, de ce fait, une certaine discrétion ne serait-ce que pour éviter justement cet amalgame.
Ensuite, parce que le désir des femmes de se couvrir de façon plus ou moins hermétique n’est pas seulement une expression religieuse (dont la pertinence est d’ailleurs discutable), mais également un signe de soumission aux hommes dans une société qui s’efforce de donner aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes. C’est donc l’expression d’un mouvement rétrograde dans l’évolution des mœurs du pays qui peut être considérée :
D’une part comme une provocation à l’égard des autres femmes (et des hommes sensés) dans leur lutte pour l'égalité des sexes,
D’autre part comme un mépris à peine voilé de la soi-disant impudeur des femmes qui ne le sont pas. Certains imams vont jusqu'à dire que les femmes non voilées mériteraient d'être violées.