A vrai dire, cette disparition est déjà ancienne, et elle avait même été signalée il y a au moins vingt ans par Jean-François Revel, qui fut un observateur lucide et caustique de nos travers. Il avait constaté dans ses mémoires la disparition du flemmard dans les salles de classe. Cet élève nonchalant qui se mettait volontiers à l’abri au fond de la classe en tentant de se faire oublier près du radiateur, regardant voler les mouches et écoutant tomber la pluie plutôt que la voix du professeur.
Le flemmard d’antan n’était pas spécialement fier de l'être, il savait bien qu’il ne faisait pas ce qu’il aurait fallu pour être au niveau des autres. Il était seulement en réserve de la République, prêt à la réintégrer pour peu qu’on le pousse un peu.
Par un glissement subtil que permet le langage du « politiquement correct » : le flemmard responsable de sa flemme n’existe plus, il est remplacé, comme l’avait observé Revel, par l’élève « en échec scolaire », « fléau anonyme qui s’abat sur le malheureux comme la pluie ou la rougeole ». Le paresseux (en admettant qu’il n’est pas idiot) n’est plus responsable de sa paresse et de son échec, c’est l’école et ses enseignants qui en sont responsables, pour ne pas dire l’ensemble de la société à qui incombe de toute évidence le résultat des études.
Le flemmard d’antan ne revendiquait rien, sinon qu’on lui fiche la paix, l’élève frappé injustement par « l’échec scolaire », se moque des premiers de la classe, mais revendique la réussite comme un droit, parfois violemment, et si ce n’est pas lui, ce sont ses parents qui ne comprennent pas pourquoi leur génial enfant ne réussit pas sans travailler.