Les méthodes qui prétendent soigner des malades en dehors de la médecine basée sur des preuves ont des dénominations diverses : « médecines douces » qui effleurent à peine la maladie et qui s’opposent aux thérapeutiques qui peuvent être dures, mais efficaces, comme la chirurgie. « Médecines parallèles » dont il est à craindre qu’elles restent parallèles aux maladies sans jamais les rejoindre. « Médecines alternatives » est une dénomination plus dangereuse car il sous-entend que l’on peut choisir sans inconvénient entre deux médecines. La dénomination qui me paraît la plus convenable est « médecines complémentaires » qui peuvent s’ajouter et permettre de mieux supporter un traitement lourd sans prétendre le remplacer.
Une nouvelle dénomination semble s’imposer, celle de « pratiques de soins non conventionnelles », qui me semble très critiquable. Notons d’abord que ce sont les pratiques qui ne sont pas conventionnelles, mais les soins sont bien là. Le « non conventionnelles » implique que la vraie médecine est conventionnelle, quasiment ringarde et basée sur des conventions plus que sur des preuves, alors que les autres soins proposés seraient « progressistes », à l’avant-garde en quelque sorte. Donc nous avons droit à un nouvel acronyme : PSNC qui vient enrichir le vaste cimetière des acronymes dont on finit par ne plus savoir la signification.
Quoi qu’il en soit, l’OMS fait état de 400 PSNC ! La plupart sont pittoresques pour ne pas dire farfelues. En elles-mêmes beaucoup sont anodines, mais certaines peuvent être mortelles comme des privations alimentaires, toutes peuvent être dangereuses lorsqu’elles incitent le patient à se dispenser d’un traitement efficace ou lorsqu’elles prennent un caractère sectaire où les pratiquants deviennent les victimes de leur gourou.
Mais ce qui n’est pas farfelu est leur chiffre d’affaires : le marché mondial du « bien-être » serait de 1500 milliards de dollars et en croissance de 5 à 10% par an (estimation faite par le cabinet McKinsey). 71% des Français ont déjà eu recours à une de ces PSNC. 60% d’entre eux sont atteints de cancer et l’on comprend très bien cette démarche parfois désespérée, ce que l’on comprend moins bien, est que 12% des Français pensent qu’elles sont plus efficaces que la médecine basée sur des preuves, alors que dans 66% des cas contrôlés par l’office de répression des fraudes (DGCCRF) il a été mis en évidence des pratiques commerciales trompeuses (indépendamment des soins donnés eux-mêmes).
Les promoteurs de ces pratiques gagnent non seulement de l’argent en exploitant les patients mais également en enseignant aux autres comment les exploiter, et la miviludes (recherche des dérives sectaires) a recensé 1800 structures d’enseignement ou de formation à ces pratiques considérées comme « à risques ».
Agnès Firmin Le Bodo, la ministre déléguée chargée de l’Organisation territoriale et des Professions de santé (j’ignore si elle fera partie du gouvernement «remanié» que l’on nous promet pour ce jour) a déclaré le 28 juin « le lancement d’un comité d’appui (sic) pour l’encadrement des pratiques non conventionnelles de santé…dont l’objectif est de sécuriser les pratiques reconnues (par qui, et de quelle façon ?) qui répondent à un besoin de nos citoyens », en faisant entrer dans ce comité une « agence des médecines complémentaires adaptées » (A-MCA) qui entend « favoriser la réflexion, l’expérimentation, l’action et la formation, en faveur de l’intégration cohérente, structurée et sécurisée des médecines complémentaires et alternatives ». Cette « agence » qui promeut manifestement ces pseudo-médecines a quelques accointances dans le milieu ministériel et avec la ministre, pharmacienne de son état. Quand on veut encadrer un pratique et son enseignement, c’est que l’on estime qu’elle est crédible et on lui donne ainsi un statut officiel. Belle entrée de la poudre de perlimpinpin au ministère de la santé. Je serais curieux de connaître la méthode et les résultats de l’évaluation de ces PSNC (voir la signification plus haut) que l’on veut intégrer de façon cohérente et structurée dans le traitement des malades authentiques.
Illustration : Goya et son médecin
Sources : Bulletin de l’Ordre National des médecins de juillet-Août 2023 et Marianne du 6 juillet 2023