Je me pose parfois la question, comme sans doute beaucoup d’autres, sur le chaos qui surviendrait dans l’organisation de la société (en dehors de l'impact évident sur l'éclairage, le chauffage et l'activité économique) si, tout d’un coup, nous étions privés d’électricité, les groupes électrogènes n'étant que des solutions provisoires et le particulier n’en dispose habituellement pas.
Depuis le début du XXI ème l’informatique a fait reculer, et vite, le document papier : courrier, formulaires, billets de banque etc…. Les administrations, et surtout les entreprises pour des raisons économiques et de commodité, en prétextant de leurs préoccupations écologiques, ont remplacé le papier par le virtuel. D’abord en le proposant, puis en y poussant, et enfin en l’imposant (par ex. on ne peut plus payer une facture par chèque pour les abonnés à Orange professionnel). L’ordinateur et le smartphone sont devenus les intermédiaires nécessaires à beaucoup de transactions. Que deviendrait l’organisation sociale en l’absence brutale et prolongée d’électricité ?
En remplaçant le document papier par un document écran, on nous en vante les bienfaits sur le plan écologique, or les serveurs sont non seulement grands consommateurs d’énergie, mais ils sont monstrueusement assoiffés d’eau. Une eau qui deviendra rare et beaucoup plus indispensable que l’informatique, intelligence artificielle ou pas,
J’ai lu dans la presse que « Google a acheté près de 20 hectares de terrain en Uruguay pour y construire un centre de données qui utiliserait 7,6 millions de litres d’eau par jour pour refroidir ses serveurs ! Ce qui représente l’équivalent de la consommation domestique quotidienne de 55 000 personnes, selon les chiffres du ministère de l’Environnement ». Or en raison de la sécheresse actuelle qui sévit dans le pays la moitié de ses habitants n’ont plus accès à l’eau potable. Une eau de substitution est fabriquée avec de l’eau salée qui serait brune, nauséabonde et imbuvable.
Pour répondre au pillage de l’eau prévu et aux protestations de la population, Google s’est empressé d’affirmer que « Nous nous attendons à ce que les chiffres préliminaires (comme la consommation d’eau prévue) fassent l’objet d’ajustements. Chez Google, la durabilité est au cœur de tout ce que nous faisons, la façon dont nous concevons et gérons nos centres de données ne fait pas exception ». Ben voyons. Le géant de l’informatique a eu au moins la décence de ne pas proposer aux 500 000 Uruguayens qui n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau en bouteille de regarder sur les écrans des images de rivières d’eau douce qu’il pourrait fournir en consommant un maximum d’électricité et d’eau.
Illustration : Caillebotte