"Vous ne parvenez pas à obtenir un RDV avec un médecin ? Vous avez besoin d’une réponse à une question de santé ou d’un avis médical ? Téléconsultez facilement un médecin 24h/24 et 7j/7". Mais pas plus de 20 consultations par an. C‘est ce que propose Ramsay Santé, le leader de l’hospitalisation privée en France sur son site internet pour la modique somme de 11,90 euros par mois. La consultation elle-même étant prise en charge par l’Assurance maladie en cochant sans doute la case « urgence ».*
Ces téléconsultations proposées, par téléphone ou ordinateur, sortent du cadre imposé jusqu’à présent : "la téléconsultation s'inscrit dans un suivi réel du patient", "le patient doit être préalablement connu du médecin", et "pas plus de 20% d'actes en téléconsultation par médecin".
La plateforme pour appâter le client affirme que le produit médical est intégralement fabriqué en France aussi bien pour les médecins que pour la paramédicaux, avec une offre de plus de 20 spécialités médicales en rayons et vous pourrez même poser "les questions relatives à la santé de votre entourage familial (enfants, conjoint et parents compris)". Un bonus en somme : 1 acheté, 1 offert.
Toutefois comme rien n’est parfait : l’offre ne doit pas "se substituer au suivi de votre médecin traitant". Ainsi, "il n’est pas possible de demander à échanger avec le même médecin". Trop honnête. Mais « suite à la consultation en ligne, vos documents médicaux vous seront adressés par e-mail et accessibles depuis un lien sécurisé » précise le groupe de santé qui met ainsi hors circuit le médecin traitant.
Le collectif Nos services publics a dénoncé une "attaque inédite contre l'égalité face aux soins", estimant que cette nouvelle offre n’est "rien de moins qu'une sélection par l’argent pour pouvoir accéder à des soins d’abattage". "Ce n’est plus votre état de santé mais votre argent qui décide de votre niveau de priorité…"
Payer pour avoir une « médecine » au rabais, je ne suis pas certain que cela soit un avantage. Les praticiens enrôlés dans ce business ne seront que des régulateurs et des délivreurs d’ordonnances. Ils ne feront pas d’examen en dehors de l’interrogatoire et orienteront les patients ailleurs. Cette « télémédecine », surtout si elle se fait uniquement par téléphone, est encore inférieure à la télémédecine faite dans les cabines en pharmacie qui disposent de quelques appareils connectés comme la prise de la température, le tensiomètre, l’oxymétrie pour le taux d’oxygène dans le sang, l’otoscopie pour les oreilles et même le stéthoscope dont l’usage me paraît cependant problématique.
Cette plateforme à 11,90 par mois (11,99 aurait été plus rentable) offre des conseillers médicaux inscrits au Conseil de l’ordre. J’ignore quelle sera leur degré de compétence et de responsabilité.
Je suis heureux de ne pas avoir connu cette médecine. Je crains les erreurs et une débauche d’examens complémentaires onéreuse pour la société, mais si vous me demandez si cet hypermarché de la médecine pourrait être utile, je vous répondrais : malheureusement oui, mais dangereux. La question est de savoir si le bénéfice que tireront les gens un peu perdus par la réduction de l’offre médicale sera supérieur ou non au danger représenté par cet ersatz de médecine.
* Aux dernières nouvelles, la téléconsultation ne serait pas prise en charge par l'Assurance maladie.
Illustration : Klimt "Hygie"