Vous avez sans doute remarqué que le virus SARS-CoV-2 original est à présent traité « d’ordinaire » avec un certain mépris par les journalistes, malgré qu’il ait fait ses preuves en tuant à ce jour près de 2500000 êtres humains dans le monde. Ce sont les variants qui ont pris la vedette, l’Angleterre a le sien, le Brésil et l’Afrique du Sud également, et si la France n’a pas encore le sien, pas de panique, elle est loin d’être la seule. Ces variants viennent heureusement alimenter et renouveler les débats sur les plateaux TV. Le cheptel médical, avec ses stars qui nous sont devenues familières, vient défiler pour dire ce qu’il en pense. A présent, les acteurs de la troupe connaissent bien leur rôle, les uns dans celui du pessimiste, les autres dans celui de l’optimiste, et les journalistes ont le plaisir de les opposer avec gourmandise mais en les appelant par leur prénom. Il faut se rendre à l’évidence, les journalistes finissent par en connaître autant que les médecins qu’ils interrogent, les uns comme les autres puisant aux mêmes sources, et leur discours varie autant que les variants au fur et à mesure que varient les connaissances. Et le public regarde ce petit monde vibrionner dans l’incertitude, ce qui alimente sa peur et/ou sa dépression, le poussant à courir après le vaccin souvent inaccessible dans les grandes villes et dont il n’est pas sûr qu’il le protègera longtemps. Nous avons l’impression de vivre dans une « réalité augmentée », l’image se substituant à la réalité par écran interposé. Le monde est devenu encore plus l’image que l’on nous en donne : réunions masquées, villes sans foule, nuits sans noctambules, concerts sans public, spectacles sans spectateurs, musées sans visiteurs où les tableaux et les statues se regardent les uns les autres dans leur solitude sans humains pour les admirer.