Ces deux dames, une psychiatre et une gynécologue, c’est dire leur compétence en virologie et épidémiologie, sont intervenues dans le documentaire « Hold up » qui prêterait plutôt à rire s’il n’avait pas été pris au sérieux par autant de monde et rapporté (d’après les médias) autant d’argent à son producteur. Depuis l’apparition de l’informatique, la médecine est envahie par les algorithmes déroulant les conduites à tenir qui ne sont pas sans intérêt mais dont la profusion est l’indice d’une distorsion de la réflexion : la pensée tendant à imiter l’ordinateur en progressant de façon binaire par oui ou non. Le protocole proposé, pour faire sérieux, ne manque pas à la règle. Personne ne peut juger de l’efficacité ou non de la thérapeutique proposée par la « Coordination de santé libre » car aucune étude n’a été faite pour la juger, mais on peut constater que ses auteurs ont donné libre cours à leur imagination. On y trouve des médicaments sérieux, voire dangereux comme les anticoagulants, la prednisolone, l’ivermectine, l’azythromycine, la doxycycline et bien sûr l’hydroxychloroquine, certains étant d’ailleurs effectivement prescris dans la COVID-19 mais dans les formes graves et non pas comme traitement précoce. Ce qui n’a pas empêché Martine Wonner, d’interpeler Olivier Véran à l'Assemblée nationale au sujet de ces "traitements ambulatoires précoces" "qui fonctionnent". Mêlé à cette pharmacopée de poids et parfois dangereuse (surtout lorsque certains médicaments sont associés), nous avons des compléments alimentaires : cuivre, zinc, vitamines (l’intérêt de la vitamine D étant cependant discuté) et bien sûr les médecines parallèles : homéopathie, acupuncture, phyto-aromathérapie… Les médecins qui s’écartent de la doxa ont toujours existés dans l’histoire de la médecine, et parfois en s’en écartant, ils ont ouvert des voies décisives, mais la médecine a été longtemps empirique, sans appui scientifique ou statistique. L’expérience des médecins s’appuyait sur quelques observations mais qui avaient permis à certains des découvertes importantes. Aujourd’hui les choses ont profondément changé, nous pouvons agir dans l’intimité de la cellule et les avancées exigent des preuves. Mais cette médecine rigoureuse, surtout lorsqu’elle échoue, n’a aucunement fait disparaître les médecines dites parallèles ou alternatives et les charlatans. On a l’impression que pour certains médecins la science devient pesante, peut-être difficile à appréhender, et qu’un retour à l’empirisme, et par là même à un pouvoir perdu par l’omniprésence des recommandations des sociétés savantes ne leur déplairait pas. D’où leur goût pour les médecines dites douces, justement parce qu’il n’y a aucune preuve de leur efficacité et qu’ils n’en cherchent pas, se contentant d’une impression favorable. Beaucoup d’entre eux ont une sympathie pour le Pr Didier Raoult qui a pris dès le début de la pandémie une attitude de rebelle. Comme lui, ils sont insensibles à ses erreurs d’appréciation ou à ses contradictions ; en médecine nous en faisons tous, encore faut-il les reconnaître, ce qui n’est pas son cas. Je pense donc qu’ils liront avec plaisir son dernier ouvrage qui vient de sortir « Carnets de guerre » dans lesquels il estime que l’on assiste au "plus grand scandale sanitaire du XXIe siècle". D’après les extraits que j’ai pu en lire, outre l’éloge des réseaux sociaux, sans doute parce qu’ils lui ont été favorables, il en ressort surtout qu’il a beaucoup de mépris pour ceux qui ne sont pas d'accord avec lui et une très bonne opinion de sa personne en se présentant comme "une star des maladies infectieuses", ce que confirme le Canard enchaîné du 10/02/21 par cet entrefilet : « Le professeur Didier Raoult fait la promotion de son bouquin et de lui-même (Le Figaro 5/2) : « J’ai une confiance en moi et cela m’évite d’être paranoïaque. » On avait cru comprendre. ». A noter cependant que l’orgueil démesuré est un des signes de la paranoïa.