Sur les plateaux TV lorsque le sujet traité est celui de l’épidémie, et il l’est pratiquement en continu, il y a au moins un des intervenants qui s’offusque des entraves à la liberté imposées par le gouvernement pour lutter contre sa diffusion. Le confinement était une assignation à résidence avec quelques sorties permises, et aujourd’hui les parangons de la liberté ironisent sur le terme de couvre-feu qui n’est utilisé qu’en période de guerre. Il serait en effet plus exact de parler de confinement nocturne ou d’interdiction de sortie de telle heure à telle heure puisque les lumières continuent à illuminer la ville, mais peut-être que les autorités préfèrent éviter le terme « d’interdiction » qui serait encore plus offensant pour les oreilles des défenseurs des libertés publiques. Pourtant, en période normale, ces défenseurs admettent toutes les entraves à la liberté qui permettent de vivre en société, tous les impératifs imposés par ex. par le code de la route, toutes les interdictions qui conduisent à ne pas tuer et à ne pas se faire tuer. Curieusement, personne ne demande à ces chatouilleux de la liberté comment faire autrement pour être efficace contre l’épidémie sans aucune entrave aux libertés publiques. Cependant, ils font eux-mêmes des propositions, que l’on pourrait qualifier de drolatiques. D’abord, ils reprochent au gouvernement de ne pas faire de pédagogie. Ce qui laisse penser que ces gens sont sourds et aveugles ou idiots car cette pédagogie nous est délivrée à doses massives depuis des mois et par tous les moyens de communication jusqu’à donner la nausée et provoquer l’angoisse. Ensuite, ils affirment qu’il faut faire appel à la responsabilité de chacun, ce qui conduit à penser qu’il faut ajouter aux handicaps précédents, celui de naïveté. En somme que veulent-ils ? Peut-être la liberté de contaminer les autres et d’être contaminés, ce qui permettrait à certains de faire un procès au gouvernement pour ne pas avoir fait le nécessaire, ce qui n’exclut pas le fait que ce nécessaire n’est pas toujours mis en œuvre de la meilleure façon possible. Illustration : Yue Minjun