Nous avons assisté aux acrobaties de Salomon et de Véran, deux médecins, pour expliquer à la population que les masques étaient inutiles voire même dangereux pour elle (mais pas pour les soignants). Voir « Masques sans bergamasque". Et nous avons assisté, un peu éberlués, à un rétropédalage, non moins acrobatique, nous affirmant qu’ils sont en fait souhaitables et même obligatoires dans les transports en commun.
Certes, on pourrait dire (et on ne manque pas de le faire) que cette épidémie est nouvelle et que nos connaissances évoluent. Sauf que pour un virus à tropisme respiratoire la contamination se fait toujours de la même façon quel que soit le numéro qu’on lui donne. Sauf que les pays asiatiques qui ont essuyé des épidémies précédentes du même type nous avaient montré, depuis de nombreuses années, l’intérêt préventif du masque comme mesure complémentaire pour bloquer la transmission entre les personnes d'un virus à tropisme respiratoire.
Des scientifiques sont venus ainsi au secours des politiques, fournissant des arguments contre tout bon sens pour masquer l’imprévoyance des gouvernants et la pénurie. On comprend fort bien qu’ils aient été poussés à faire leur numéro et fournir un alibi aux gouvernants pour ne pas créer une panique et garder le stock réduit de masques pour les soignants confrontés directement aux malades contaminés.
On le comprend, mais en se conduisant plus en politiques qu’en scientifiques, les experts se sont décrédibilisés et la science n’en sort pas grandie.
Je crains que le tour de passe-passe pseudo-scientifique pour les masques se renouvelle pour les tests sérologiques, ce que suggère le dernier communiqué du 2 mai de la HAS (Haute Autorité de la Santé) : « La HAS appelle à la prudence quant à l’utilisation des tests sérologiques, qui ne peuvent aujourd’hui pas permettre d’établir un passeport d’immunité à des fins de déconfinement. » et ne « les recommande (que) pour les enquêtes épidémiologiques, les diagnostics de rattrapage et la prévention de la circulation du virus dans les structures d’hébergement collectif. »
Bien sûr, on n’a pas une connaissance parfaite sur la solidité et la durée de l’immunité développée par les personnes ayant eu le covid-19, mais on se demande si là aussi il n’y a pas une pénurie de tests sérologiques car nombre de virologues s’appuyant sur la mise en évidence chez les patients touchés d’anticorps neutralisants empêchant le virus du covid-19 de se fixer sur son récepteur cellulaire pensent qu'ils confèrent ainsi une protection immunitaire.
Il est à craindre que dans l’avenir, avec ces petits jeux, le discours scientifique n’ait plus aucune valeur comme alibi gouvernemental ou parapluie judiciaire, et ce qui est bien plus grave, il risque de ne pas être crédible même lorsqu’il est véridique.