Ce sondage a été réalisé par le Journal international de Médecine (JIM.fr). Je ne fais pas partie des 486 médecins qui ont participé au vote.
La question est ambiguë car si les candidats à la présidentielle étaient amenés à présenter un certificat médical, sa validité serait évidemment plus grande si le praticien appelé était indépendant, et sûrement moins crédible dans le cas d’un médecin choisi par le patient lui-même. Il n’est donc pas étonnant que plus des deux tiers des votants sont partisans de l’indépendance du patricien sollicité.
On connaît les précédents du silence sur la maladie de Pompidou, des mensonges sur celle de Mitterrand et de la discrétion sur celle de Chirac qui donnent une valeur très relative aux bulletins de santé officiels.
La question plus intéressante eut été de savoir si mes confrères étaient ou non partisans de ces bulletins de santé que les deux derniers présidents de la République ont éprouvé le besoin de publier dans un soi-disant souci de transparence et dans un souci certain de communication.
Il faut d’ailleurs noter que ce serait rompre le secret médical si l’état de santé d’un dirigeant était révélé au public malgré l’intéressé, que le médecin soit indépendant ou pas. Le dirigeant peut donc s'opposer à la révélation au public de sa pathologie et conduire le médecin à rédiger un faux certificat. En outre, le médecin peut avoir à trancher entre son rôle de praticien et l'intérêt du pays lorsqu'il se confond avec celui de son patient. Un conflit qui peut l'amener à jouer avec la vérité pour le bien commun. Ainsi Paul Milliez diagnostiqua chez De Gaulle un anévrisme de l’aorte abdominale en 1955 à l’occasion « d’un malaise grave » [fissuration ?] et lui cacha le diagnostic et le pronostic, la survie lui paraissant limitée. A son avis en sachant la vérité il se serait retiré de la vie politique or De Gaulle est mort en 1970 !!! Milliez s’était trompé sur le pronostic.*
D’après ce sondage on peut estimer qu’au moins 30% des votants sont contre la publication de tels bulletins de santé et probablement plus si la question posée avait été plus claire.
J’estime pour ma part, qu’en dehors de la maladie mentale, l’état de santé d’un dirigeant ne regarde que lui.
Beaucoup de dirigeants dans l’histoire furent atteints d’une maladie physique parfois handicapante sans pour autant les empêcher d’assurer leur fonction, parfois avec brio.
Par contre la révélation publique d’une maladie sans incapacité visible entamerait la crédibilité du dirigeant ou la confiance que l’on pourrait avoir en lui. Et serait-il pour autant obligé de démissionner ?**
Ces bulletins de santé, qui font partie de la communication, me paraissent donc peu fiables, inutiles, voire nocifs dans le cas où ils révèleraient (avec l'accord de l'intéressé) une pathologie ne réduisant pas les capacités à gouverner.
* Rapporté par Jean Deleuze : Revue du Praticien du 30 sept 2005, tome 55 n° 14. (Cirrhose) in « De Gaulle et la médecine » Les empêcheur de penser en rond 1995.
** La Constitution française prévoit la possibilité pour le gouvernement de déclencher la procédure "d'empêchement" à l'encontre du président de la République si son état de santé devient incompatible avec l'exercice du pouvoir.