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Je fais mon cinéma

Je n’étais pas très attiré par le sujet du film « Emilia Pérez » de Jacques Audiard racontant les aventures d’un narcotrafiquant mexicain, chef d’un cartel, atteint d’une dysphorie du genre et dont le rêve depuis l’enfance était de devenir femme. Le film relate les circonstances de sa transformation médico-chirurgicale et psychologique et les évènements qui en découlent. Ce film fut l’occasion d’une polémique car une journaliste avait déterré sur les réseaux sociaux des déclarations de la personne transgenre qui joue le rôle central, Karla Sofia Gascon, peu amènes sur l’islam et sur George Floyd qui fut étouffé par un policier américain. Le metteur en scène du film s’était empressé de désavouer son actrice pour préserver les promesses de récompenses, Césars et Oscars, il en récolta néanmoins quelques-unes (voir aussi « La régurgitation du passé »).

J’ai finalement vu le film et j’ai été épaté, c’est un bon film. Il fallait être culotté pour le réaliser. D’abord pour le sujet et ensuite pour la forme puisqu’il s’agit d’une « comédie musicale », forme de plus en plus rare, où l’on chante et où l’on danse et les acteurs le font très bien. La réalisation est remarquable avec des scènes étonnantes et la musique est belle. J’ai beaucoup aimé le chœur final chantant la musique superbe que Brassens avait mis sur le poème « Les passantes » d’Antoine Pol.

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C
Si la transidentité a déjà gagné le monde particulièrement rétrograde des narcotrafiquants, tout n'est peut-être pas perdu : on peut désormais espérer que le phénomène s'étende aux milieux d’extrême droite, ce qui changerait la donne
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D
Etant une maladie, elle peut toucher tout le monde. La cacher est aussi à la portée de tous.
B
Le but du film est donc atteint qui démontre, chansons et danses à l'appui, que la transition de genre ouvre la porte à une nouvelle vie et peut servir de rédemption à tous les crimes commis précédemment.
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D
C'est pour dire que le sujet n'est pas dédramatisé par ce film, et changer de genre n'est pas anodin.
B
Le terme "comédie musicale" que vous aviez employé est un terme générique. "West Side Story, par exemple, est une" comédie musicale " qui ne fait pas beaucoup rigoler.
D
N'étant pas dans l'esprit de J.A. il est difficile de trancher sur le but recherché en prenant ce sujet. Quant à "la comédie musicale qui banalise et dédramatise le sujet", c'est discutable car c'est en fait une "tragédie musicale" que vous aurez l'occasion de constater si vous voyez le film.
B
J'en suis pratiquement persuadé. Je ne dirais pas machiavélique, mais très pro.<br /> Je n'ai pas vu le film, mais pour pouvoir en juger j'ai lu un certain nombre de critiques et d'avis de spectateurs (sur Allociné ou sur Sens-Critique) qui louent le courage de Jacques Audiard et la prise de risque sur un tel sujet, qui est pourtant dans l'air du temps, servi par un genre inhabituel et inattendu, la comédie musicale qui banalise et dédramatise le sujet <br /> On dit de lui que "Ses réalisations s'appuient sur des récits sophistiqués et des personnages insaisissables ou ambivalents, évoluant dans un univers sombre et angoissant", un de ses précédents films "un prophète" n'a rien non plus d'une bluette distrayante.
D
Êtes-vous sûr de la volonté délibérée de l'auteur de vouloir passer un message politique ? Je pense que le scénariste a utilisé une opportunité pour faire un spectacle. Les gens sont peut-être moins machiavéliques que vous le suggérez.
B
Tout à fait.<br /> La "société du spectacle" (l'expression n'est pas de moi) à cultivé un don pour faire passer des messages quasi subliminaux enveloppés de papier d'argent.
D
Vous avez raison, on peut le voir comme ça. Je crois que le scénario est inspiré d'un fait réel. J'ai été convaincu par le spectacle mais pas par l'intérêt de changer de genre. Il faut souligner que les personnes atteintes réellement de dysphorie de genre le font comme un traitement (souvent imparfait) et non comme un désir fantaisiste. L'absurde est d'avoir sorti cette question du domaine médical pour en faire quasiment une question politique.