Après un « wokisme » échevelé appelé « progressisme », on assiste aux USA au retour d’un conservatisme borné appelé « valeurs traditionnelles » dont l’un des marqueurs fut l’arrêt Dobbs de la Cour Suprême des Etats-Unis de 2022, qui a conduit à l’interdiction de l’avortement dans 12 Etats américains et son droit fortement restreint dans quatre autres. Dans certains de ces Etats très conservateurs, une femme qui souhaite interrompre sa grossesse encourt ainsi de lourdes peines de prison (jusqu’à 99 ans au Texas !) et d’autres envisagent désormais de restreindre également l’accès à la contraception.
Une femme médecin de New Paltz, dans l'État de New York, a été inculpée par l’Etat de Louisiane (l'un des plus stricts en matière d'avortement, puisqu'il l'interdit même en cas de viol ou d'inceste) pour avoir envoyé une pilule abortive à une jeune femme et a demandé l'extradition de la praticienne, ce qui fut refusée par la gouverneure de l'État de New York.
Les USA sont une fédération de tous les excès : excès des identités hypersensibles et revendicatives jusqu’à intervenir dans le passé, excès de poids, excès de Fentanyl (plus de 500.000 morts), excès d’armes, excès de richesses comme de pauvreté (selon l’OCDE le taux de pauvreté serait aux USA d’environ 18% pour 8,5% en France) et excès de conneries comme de vouloir condamner une femme à une peine de 99 ans de prison pour refuser une grossesse.
Il y a une contradiction entre ce respect de la vie d’un foetus non viable et la quasi indifférence pour celle des enfants et des adultes fauchés lors de multiples fusillades dans les écoles ou ailleurs qui semblent faire partie des mœurs étasuniennes.
Certains se posent donc la question : pourquoi les femmes seraient-elles les seules à payer le prix d’une grossesse non désirée ? Des élus démocrates ont donc décidé de protester à leur façon. Dans l’Etat conservateur du Mississippi, où l’avortement est désormais interdit (sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère), le sénateur démocrate Bradford Blackmon a ainsi déposé une proposition de loi : le « Contraception Begins at Erection Act » (« la contraception commence à l’érection »). Une loi qui vise à punir toute personne qui « déverse du matériel génétique (sperme) sans intention de fertiliser un embryon ». « Le texte prévoit ainsi que tout homme qui éjacule sans intention de procréer serait puni de 1 000 dollars d’amende à la première infraction, 5 000 dollars à la deuxième et 10 000 dollars à la troisième et aux suivantes. Seuls deux exemptions sont prévues : le don de sperme et si l’éjaculation est accompagnée de l’utilisation d’un moyen de contraception ». Bien entendu, ce sénateur facétieux a reçu après cette proposition de loi des menaces de mort par ceux qui respectent la vie d’un foetus non viable, mais pas celle d’un sénateur ayant le sens de l’humour. Dans l’Ohio, le Dr Anita Somani, obstétricienne et membre du parlement de l’Etat, a également déposé une proposition de loi similaire, avec une exception pour les rapports homosexuels.
Les « pro-vie » ne désarment pas pour autant : l’élu républicain Austin Beigel a déposé une proposition de loi, très sérieuse celle-là, visant à interdire l’avortement dans l’Etat d'Ohio, alors même que ses citoyens avaient voté en 2023 à 57 % pour garantir ce droit. Cet élu républicain a ajouté, finaud : « Regardez l’histoire américaine, il y a eu une époque où la population était favorable à l’esclavage donc il est possible pour la majorité d’avoir tort et de soutenir quelque chose de mauvais ». Cet élu républicain compare donc la suppression de la liberté pour les femmes de disposer de leur corps à l’absence de liberté des esclaves de disposer du leur. On peut se demander si son inconscient ne s’est pas exprimé en mettant sur le même plan les femmes et les esclaves.