Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Header cover

Du moralement au politiquement correct

Cosimo Rosselli : "Remise des Tables de la Loi"

André Comte-Sponville (ACS) est un passeur de philosophie dont langue est claire et pédagogique [1]. Lors de la deuxième édition de son « Dictionnaire philosophique » il avait répondu le 15 août 2013 aux questions d’un journaliste du Point et à propos de l'entrée : « politiquement correct », à la question : « …estimez-vous que le politiquement correct a gagné du terrain ? » sa réponse a été la suivante : «Oui, malheureusement ! La politique est en crise ; la morale est à la mode. D’où la tentation, chez beaucoup, d’ériger les bons sentiments en projet politique. Le politiquement correct, en tout cas en France, est d’abord un moralement correct ! J’y vois un danger plus qu’un progrès. La morale et la politique sont deux dimensions essentielles de notre vie, mais on a toujours tort de les confondre. Il ne suffit pas d’être antiraciste, par exemple, pour définir une bonne politique de l’immigration. » En cela ACS s’oppose à Rousseau qui disait : «Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux ». Mais Rousseau vivait à une époque bien différente de la nôtre.

Ce qu’on appelle le politiquement correct est avant tout un langage, des discours, des attitudes et des opinions. Obliger les gens à utiliser un mot plutôt qu’un autre, c’est suivre la tendance morale du moment et l’influence des groupes de pression. Le vocabulaire change jusqu’au ridicule pour ne pas heurter la susceptibilité exacerbée de telle ou telle fraction de la population. Le vocabulaire, c’est de la cosmétique, mais pas de la politique, c'est-à-dire gouverner.

Cette morale est largement imprégnée du rejet de la négation des valeurs humaines observée pendant la IIème guerre mondiale, et dont on craint le retour. L’Union européenne est particulièrement vigilante au respect de ces valeurs. Elle est aussi une conséquence de la repentance de l’ère coloniale. C’est une prise de conscience nécessaire, mais ce n’est pas faire de la politique. Condamner (parfois devant les tribunaux) des opinions parce qu’elles heurtent l’opinion majoritaire ou des principes adoptés ou imposés au plus grand nombre, est-ce gouverner  ou niveler la pensée ? Il est vrai que niveler la pensée est un principe de gouvernement.

Est-ce à dire que la politique ne doit pas tenir compte de la morale (je ne parle pas de la moralité individuelle) ? Il existe des opinions moralement incorrectes qui, dans leur expression, poussent à des exactions ou même au meurtre et les condamner pour maintenir l’ordre, c’est faire de la politique.

Mis à part les opinions dangereuses qui propagent la haine, le politiquement correct, tel qu’il est imposé, est souvent une attitude d’évitement et en se substituant à la politique, car il est plus simple de faire de la morale que de la politique, il finit par cultiver les difficultés plutôt que de les résoudre. Se contenter du moralement correct risque d’aboutir à un politiquement incorrect.

Mais inversement, l'arrivée au pouvoir aux USA d'un repris de justice qui ne s'embarrasse guère de la morale, en s'alignant sur des dictateurs, et les manifestations d'individus et de mouvements qui peinent à rejeter franchement (quand ils n'y adhèrent pas) les dérives mortifères qui ont marqué le XXème siècle, le moralement incorrect est en passe de devenir le politiquement correct.

 

Gustave Doré : "Moïse brisant les Tables de la Loi"

 

[1] Si vous ne l’avez pas déjà lu, je vous conseille de lire un de ses livres ; « L’esprit de l’athéisme » qui montre que l’athéisme a aussi sa spiritualité.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
"Cette morale est largement imprégnée du rejet de la négation des valeurs humaines observée pendant la IIème guerre mondiale, et dont on craint le retour. L’Union européenne est particulièrement vigilante au respect de ces valeurs." Wouarf...!<br /> et tout ca pour en revenir pour la moultième fois à ce "repris de justice qui ne s'embarrasse guère de la morale, en s'alignant sur des dictateurs..."<br /> <br /> no comment
Répondre
D
Je n'en doute. Mes les opposants radicaux à un régime, quel que soit leur bord,utilisent parfois les mêmes arguments pour s'opposer.
B
je n'ai rien à voir avec le tyrans et apprentis dictateurs que sont les Insoumis !<br /> rien...<br /> rien du tout...<br /> Une comparaison... peu flatteuse (je pèse mes mots)
D
Certes, vous n'êtes pas le seul à crier à la dictature en marche, comme les "insoumis" qui prétendent se révolter contre une oppression qui n'existe pas. Dans une dictature nous ne pourrions pas, l'un comme l'autre, écrire la moitié de ce nous écrivons.
D
Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais votre commentaire auquel j'ai répondu a en effet disparu au moment où je prends connaissance de votre dernier commentaire. Ce qui est dommage et ce qui rend l'échange un peu hermétique.
B
PS <br /> "... nous ne sommes pas loin de la dictature" (18:37)<br /> "Si ça ne ressemble pas à une dictature ..." (17:18)<br /> Je ne suis pas le seul..., jamais 203
B
Bon, disons que c'était un malentendu lié à la parano que vous m'aviez diagnostiqué, et n'en parlons plus. Mais je mets un article en ligne déplorant le manque de liberté d'expression croissant en Europe, et vous avez un article tout prêt pour rappeler que l'Europe est vigilante au respect de ces valeurs. Les grands esprits se rencontrent (au fait, c'est quoi les débordements de C8 qui lui ont valu sa fermeture ? je n'ai pas suivi l'affaire)<br /> A propos de parano (vous aviez bigrement raison) j'ai comme l'impression que vous avez supprimé ou masqué mon commentaire auquel vous répondez pourtant. A moins d'un beug modérateur chez Eklablog ?
D
L'article présent n'a aucun rapport avec le vôtre (et je ne vois pas en quoi il pourrait en avoir un). Beaucoup de vos billets tentent de démontrer que nous vivons en dictature et le plus souvent je n'y répond pas car je trouve que cette affirmation n'a guère de sens. On trouve chez nous un éventail de médias de toutes les tendances où la parole est libre si elle respecte certaines règles préalables (qui existent dans toutes les démocraties) et dont le non respect à de multiples reprises peut conduire à des sanctions (comme pour C8) et contre lesquelles on peut librement protester. A ce propos, je note que si vous frappez volontiers sur Zelensky, vous n'avez, à ma connaissance, jamais fait allusion au régime de Poutine qui, lui, est un authentique régime dictatorial où les opposants sont frappés mystérieusement de morts subite.<br /> Je n'ai pas mis en parallèle Trump et les camps d'extermination. J'ai dit dans le dernier paragraphe de cet article que les évènements récents, dont des manifestations pro-nazis avec une banalisation du "salut romain" que j'estime moralement incorrect (jugement personnel), vont conduire à une politique que le monde va estimer à présent correct en particulier le recours à la force pour imposer ses vues et ses ambitions. Ce qui est un retournement par rapport à ce qui prévalait précédemment.
D
Mais on aimerait parfois que votre pensée soit traduite de façon plus explicite.
B
C'est vrai que je suis souvent à court d'arguments.
D
Vous avez raison de ne pas commenter car que pourriez-vous dire ? Que les camps d'extermination allemands étaient des camps de vacances ("le travail, c'est la liberté") et n'ont pas influencé la législation européenne ultérieure ? ou que Trump n'a pas été condamné par la justice américaine à plusieurs reprises ? On n'appelle pas ça un repris de justice ?
L
Pour ma part, je trouve que nous ne sommes pas loin de la dictature, en tout cas, pour le langage et l'écologie nous avons bien là un embryon de dictature, et nous vivons dans un manque de moral total. <br /> Quand à la politique chez nous, nous ne comptons plus les repris de justice qui siège dans nos ministères et à l'assemblée nationale, alors pourquoi injurier le président des USA ???
Répondre
D
Pour être candidat à une élection en France il fut avoir un casier vierge. Ce n'est pas le cas aux USA puisque Trump a été condamné à plusieurs reprises, notamment pour agression sexuelle et fraudes financières. Je souhaite aux pays du monde entier de vivre dans une dictature comme. celle qui existe, actuellement, en France
P
Interdire l'usage de certains mots et imposer celui de certains autres revient à interdire les idées exprimées par les premiers et imposer celles exprimées par les seconds. Si ça ne ressemble pas à une dictature ...
Répondre
D
Entre la liberté totale, l'anarchie, et la dictature ou employer le mauvais mot vous conduit en prison, comme de parler de guerre et non d'opération spéciale en Russie, il y a de multiples gradations. Pour ma part je n'ai aucunement l'impression de vivre en dictature.