J’avoue n’avoir jamais assisté à des séances de lecture. Des comédiens en font de véritables spectacles très appréciés du public. Ce sont souvent des hommes qui se livrent à cet exercice. Un texte transmis par une voix expressive, l’oreille remplaçant la course de l’œil le long des lignes d’un livre tenu dans sa main comme un coffret précieux que l’on peut ouvrir mais aussi fermer à volonté.
Aux USA, des lectrices ont sans doute estimé que l’œil devait être également satisfait et c’est ainsi que se sont créés récemment des groupes de lecture dénommés Naked Girls Reading. La lecture des oeuvres est assurée exclusivement par des femmes entièrement nues qui ont tout de même la pudeur de croiser efficacement les jambes lorsqu’elles se produisent sur scène.
J’ignore la motivation de cette initiative. S’agit-il d’une exhibition de naturistes qui se piquent de littérature ? S’agit-il d’attirer le public pour faire connaître des œuvres personnelles où l’auteure n’hésite pas à se mettre littéralement à nu devant son public ? Il est certain que des œuvres médiocres peuvent bénéficier de l’anatomie de la lectrice qui, quelle qu’elle soit, constitue une source de distraction aveuglant les critiques. Mais à l’inverse l’auditeur risque de ne pas apprécier un beau texte à sa juste valeur, plus préoccupé du corps qui l’exprime que de la voix qui le porte. Reste le choix délicat des œuvres dont le contenu doit être en harmonie avec la nudité de la messagère, certaines par leur vide peuvent pleinement remplir cet office.
Dois-je attendre que cette mode franchisse l’Atlantique pour assister à ma première séance de lecture ? Non ! J’aime trop la littérature pour la mêler à des exhibitions aussi farfelues que vaines et j’aime trop les femmes pour les voir s’exposer comme des objets même avec un alibi littéraire. (Source : Le Huffington post)