Ce qui m’a toujours étonné ce sont les gens qui viennent voir passer le Tour de France. Non pas ceux qui sont dans le coin, et qui par curiosité attendent son passage. Je veux parler de ceux qui s’y prennent à l’avance, qui se déplacent spécialement, qui viennent camper avec toute la famille, et tout le confort au bord de la route, emportant deux à trois jours avant : tente, table, chaises, nourriture, voire télévision portative pour ne rien rater. Ils s’y prennent à l’avance pour avoir les meilleures places dans un lieu soigneusement choisi par un calcul stratégique en fonction des difficultés du parcours.
J’ai vu passer les coureurs du tour de France une seule fois dans ma vie et par le plus grand des hasards. Voir c’est beaucoup dire. Ces bougres filaient si vite que le peloton est passé devant moi en quelques secondes, des visages impossibles à reconnaître et j’ai pu à peine repérer le maillot jaune entouré de ses gardes du corps.
Alors, je pose la question : quel est l’intérêt de prendre des dispositions complexes longtemps à l’avance pour regarder un spectacle roulant aussi bref ? A moins d’être intéressés par la caravane publicitaire qui suit. Dans ce cas ce serait encore plus déprimant.
On n’a pas toujours la chance d’assister à une belle chute en chaîne.
Encore que certains auraient tendance à la provoquer en courant bêtement à côté des coureurs, en gueulant ou en leur tendant des trucs. Les efforts de spectateurs engagés pourraient être couronnés de succès, car en cas de chute ils verraient plus longtemps leurs idoles : gladiateurs tombés à terre avec leurs coursiers imbriqués les uns dans les autres. Porter secours aux « forçats de la route » impuissants et ensanglantés serait alors leur ultime récompense.
Dessin de Geluck