C’est autant par curiosité que par intérêt que j’avais téléchargé sur mon smartphone l’application « anticovid » qui est plutôt bien faite. Mais hier, pour la première fois, j’ai reçu de sa part un message inquiétant : « Alerte : exposition à risque élevée suite à un contact » en me donnant la date approximative de celui-ci, et en me demandant de me faire tester immédiatement. Les termes du message étaient tout de même stressants : on se voit déjà en soins intensifs et intubé. Ayant reçu un ordre comminatoire, je me suis testé rapidement et le test s’est avéré négatif, au soulagement de mon entourage qui me regardait déjà d’un œil soupçonneux. Ce jour-là, je n’étais sorti de chez moi que pour aller acheter des journaux, dûment masqué, et je n’ai rencontré dans la librairie que deux personnes : le patron dont je ne me souviens plus du visage caché derrière un masque depuis près de deux ans, et une vieille dame. Je me suis tout de même posé la question : qui avait osé passer près de moi en portant le virus : les deux ouvriers que j’avais croisés dans la rue ? la vieille dame ? Peut-être le patron de la librairie car il faut que la personne infectée ait également téléchargé l’application, et je ne vois pas les ouvriers du bâtiment qui parlaient une langue de l’Europe de l’Est ou la vieille dame la télécharger. Autre question : pourquoi la personne nantie de l’application et qui a eu l’honnêteté de mentionner qu’elle était infectée ne s’est-elle pas isolée pour éviter de contaminer autrui comme l’application lui conseille de le faire ? Je crains que le patron de la librairie n’ait pas trouvé de remplaçant pour tenir la boutique. Et en faisant fi de la présomption d’innocence, je vais devoir, pour un temps, acheter mes journaux ailleurs.