Vivre dans le béton, et avoir la nostalgie des grands espaces. Et pourtant, Dieu sait que j’aime le béton de Paris, même si des nocifs s'efforcent de le saloper en distribuant des trous, des tranchées, des ordures, des sens interdits et des trottinettes pour adultes attardés. Les plaines ne sont plus de grands espaces car quand elles ne sont pas habitées, elles sont peuplées de ces immenses escogriffes laids qui brassent l’air en tuant les oiseaux. Cela fait longtemps que je n’ai pas été à la montagne, les pentes enneigées sous le soleil me manquent, comme me manquent la silhouette des montagnes se découpant sur le ciel et ces villages au fond des vallées qui ressemblent à des jouets. Le plus impressionnant des grands espaces est le désert, je ne l’ai traversé qu’une seule fois, en Egypte : une inquiétante impression de silence et de solitude. Une solitude propice à la naissance d’un Dieu à quoi se raccrocher. Il me reste la mer, espace mouvant, grouillant de vie et de détritus. A bientôt, je l’espère. Illustration : Joseph Ducreux : "Le discret"