La Place de la République de Paris, pour ceux qui l’ont connue avant sa transformation (je n’ose pas dire rénovation), était divisée en deux par une large chaussée, la statue sur une placette au milieu, et il existait un square sur chacune des deux parties.
La transformation a consisté à supprimer la chaussée centrale pour faire une grande place d’un seul tenant presque entièrement minéralisée, la verdure étant représentée par quelques rares arbres survivants dans l’espace dallé.
Un vaste espace idéal pour les pratiquants de roller, et bien sûr pour les manifestations. Il est possible que les occupants actuels de la place regrettent un peu la verdure d’antan puisque certains ont retiré quelques dalles pour créer un potager, ce qui est écologiquement correct, transformant le « sous les pavés, la plage » de mai 68 en « sous les dalles, les légumes », ce qui donne la mesure de la crise économique.
Les régimes autoritaires sont vigilants sur l’urbanisme. Le préfet Haussmann avait créé de grandes voies larges plus commodes pour le déplacement des forces de l’ordre, et les rues pavées sont devenues plus rares, ce qui limite la force de frappe d’éventuels émeutiers.
Cette grande Place de la République est bien tentante pour des manifestants (248 rassemblements en 2014, 269 en 2015 et 80 au premier trimestre 2016). Elle a en particulier servi à soutenir le gouvernement face aux assassinats terroristes. A présent une jeunesse le plus souvent diplômée et parfois sans travail malgré leurs diplômes, se servent de ce qu’ils ont appris pour discuter.
Pour discuter sans fin, si ce n’est pas pour radoter sans fin et refaire le monde. Les discours (heureusement limités dans le temps) étant assortis d’une pantomime des auditeurs qui évoque celle utilisée au Club Med pour mettre de l’ambiance. Il paraît que l’on vote beaucoup et que l’un des votes fut unanime pour inclure ce langage des signes dans la Constitution.
Le monde politique rejeté regarde avec inquiétude ces citoyens qui leur échappent, qui les méprisent, qui parlent entre eux, mais pas avec eux.
Deux autismes qui font le spectacle devant le peuple qui n’appartient ni aux uns ni aux autres.