A chaque fois que je suis au bord de la mer, que je passe sur une plage ou au bord d’une piscine, je rencontre toujours le même mystère, et je n’en trouve jamais la solution : pourquoi les gens restent-ils exposés au soleil pendant des heures ? Je conçois que l’on se sèche et se réchauffe après s’être baigné, mais pourquoi persister à s’exposer jusqu’à la brûlure avec un acharnement déraisonnable ? L’appétence pour les bains de soleil touche la plupart des gens qui partent en vacances, et ils s’y exposent souvent dans l’inconfort : positions biscornues sur des chaises longues avec barres traumatisantes, ou sur le sable qui s’insinue partout, en s’enduisant périodiquement de crèmes protectrices qui disparaissent dans l’eau dans laquelle certains ou plus souvent certaines se plongent uniquement pour se rafraîchir, plus enclines à prendre des bains de soleil que des bains d’eau.
Pourtant ces personnes risquent leur peau dans le vrai sens du terme. Les rayons solaires vont rider la peau, provoquer des taches brunes et parfois la cancériser.
Mais attention, il y a un but, le but est de bronzer, changer la couleur de sa peau, une nostalgie africaine en quelque sorte. Le but est d’avoir « meilleure mine » et c’est là qu’est le mystère : que d’efforts, que de persévérance, que d’ennui, que de risques, pour avoir « meilleure mine » pendant deux à trois semaines à tout casser après être rentré chez soi, alors que l’on masque par les habits de ville son corps bronzé obtenu à prix élevé et avec tant de patience. Seul le visage permettant pour un temps bref de narguer ses copines (plutôt que ses copains). Mystère.
BAIN DE SOLEIL
Des poupées aux membres écartelés
Eparpillées sur le sable plastique
Jouissent épanouies, leur corps relâché
Sous la caresse des éclats atomiques
Au bord de la mer à la peau ridée
Plissée d’innombrables vaguelettes
Parmi les arêtes aiguës des rochers
Elles s’étalent en renversant la tête
Poupées médusées, dos à terre
Leurs têtes absentes ou alourdies
Epinglées par les rayons solaires
Elles resteront longtemps alanguies
Exposant leurs anatomies solitaires
Avec une étoile pour compagnie
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