Sur la première vidéo de samedi dernier que j’ai vue et entendue montrant l’agression et les injures proférées à l’encontre d‘Alain Finkielkraut par des individus revêtus d’un gilet jaune, vêtement qui permet à chacun de déverser son ressentiment et sa haine avec la protection symbolique des retraités et des gens dans le besoin, j’ai entendu et vu en sous-titre l’injure paradoxale d’antisémite à l’encontre d’un Juif, or ce terme désigne depuis le XIXème siècle, quelle que soit la critique que l’on peut lui faire, celui ou celle qui déteste spécifiquement les Juifs.
Le détournement sémantique qui consiste à traiter l’autre de ce que l’on est soi-même est courant en propagande. Il permet d’éroder progressivement la signification du mot jusqu’à le rendre vide de sens.
L’individu barbu que l’on voit largement sur la vidéo, appartient selon les médias à « la mouvance salafiste », euphémisme pour ne pas appeler un chat un chat, et ne pas dire simplement qu’il s’agit d’un salafiste ou d’un islamiste radical. Au milieu de ses injures, il affirme en passant que la France appartient déjà à ses semblables, et agité d’une haine meurtrière traite l’académicien français de « haineux », c’est à dire de ce qu’il est lui-même en menaçant Alain Finkielkraut, très calme sous l’avalanche injurieuse, d’une punition de Dieu.
Est-ce à dire qu’il n’y a pas de Juifs antisémites ? Il y en a. Le premier qui me vient à l’esprit est Karl Marx. Ce penseur, dont le père s’était converti au protestantisme par intérêt, était juif et issu d’une famille comportant de nombreux rabbins. Emporté par sa théorie, il pondit un petit livre (en réponse à un texte de Bruno Bauer qui fut son maître) : « La question juive » que je considère comme un des plus antisémites. Pas à la manière des vociférations délirantes d’un Céline qui ne reposent sur rien, le texte de Marx repose sur un raisonnement. Dans sa charge anticapitaliste, il exploite le stéréotype : Juif = argent = pouvoir. Pour lui, les Juifs sont avant tout des capitalistes. Ce grand penseur avait la vue courte car elle ne dépassait guère les frontières de l’Allemagne. S’il avait jeté un coup d’œil à l’Est, il aurait vu que les Juifs bien plus nombreux dans l’Europe de l’Est vivaient dans leur grande majorité dans des conditions plutôt misérables et entre deux pogroms.
Marx rejoint ainsi l’antisémitisme qui ne conçoit les Juifs que comme dominants, ce qui conduit à la fabrication délirante du « complot juif » avec pour objectif de dominer le monde (associés souvent aux francs-maçons). Rappelons que les Juifs ne sont qu’une quinzaine de millions dispersés sur la planète. Ce qui a donné le fameux faux « Protocole des Sages de Sion » concocté en 1901 par la police secrète de l’Empire russe dont les antisémites ne renoncent pas à se régaler (comme le fit Hitler).
Le Juif dominant est le meilleur des boucs émissaires, on l’agresse comme responsable de tous les maux jusqu’à le tuer pour se soulager dès que les choses vont mal mais sans évidemment les améliorer pour autant.
Le Juif dominé, lui, a eu son compte comme dérivatif ou cause première, expulsé quand on veut le dépouiller, et massacré périodiquement sur les bûchers et dans les pogroms, il a quasiment été effacé d’Europe par la Shoah, les Allemands nazifiés le considérant comme un sous-homme malgré les Einstein et autres Freud qui ont largement enrichi leur culture.
Il est probable que le peu de Juifs qui restent en Europe après cette extermination programmée et industrialisée disparaîtront au fur et mesure qu’elle s’enrichira en islamistes.
Félix Nussbaum : "Autoportrait au passeport juif"