Dans une conversation avec un jeune de ma famille, j’avais évoqué le « wokisme » et il m’avait rétorqué immédiatement, quasiment outré, que le wokisme n’existait pas. Je n’ai pas argumenté ce déni car j’ai eu l’impression que toute argumentation serait vaine et que pour ce jeune le wokisme n’existait pas car ce n’était pas une idéologie mais l’appréhension de la réalité. On ne discute pas une croyance car une croyance est une vérité pour la personne qui croit.
Et je tombe sur cet entrefilet paru dans Marianne rapportant la parution d’un livre de JF Braunstein intitulé « la religion Woke ». Le résumé qui est fait de cet ouvrage - que je n’ai pas encore lu - met en évidence les trois piliers du dogme de cette religion née dans les universités, et qui a réussi à convertir le personnel à tous les niveaux, de faire taire, de condamner, et même de chasser de l’université les hérétiques qui résistent à ce lavage de cerveau. Une attitude hors de la raison : on ne discute plus, on tue. Un totalitarisme à l’opposé de ce que doit être une université, un lieu où l’on transmet les connaissances venues de tous les horizons et où le débat contradictoire est une nécessité. La religion n’admet pas d’autre vérité que la sienne, discuter ses dogmes, c’est la faire disparaître.
Pour cet auteur le premier pilier dogmatique est la déconstruction de l’identité sexuelle proposée par les études sur le genre. Celles-ci ont rejeté dans les oubliettes de l’évolution le corps humain tout juste bon à devenir chair à chirurgie. Tout est dans le mental et le ressenti. Ce qui est, n’existe plus. La croyance efface l’existence. Il faut reconnaître que peu de religions ont atteint ce niveau.
Le second pilier postule que le racisme des blancs continue à structurer la société. Que le racisme existe, cela ne fait aucun doute. Le racisme des noirs existe aussi et son expansion serait une belle revanche historique, mais il y a peut-être d’autres façons pour les noirs de se promouvoir que d’exploiter un racisme à l’envers.
Le troisième pilier dogmatique est « l’intersectionnalité » qui rassemble « les combats de toutes les identités minoritaires qui s’estiment discriminées ». Un concept victimaire qui aboutit à une grande confusion où on ne sait plus qui est qui, et ce qui est revendiqué. Un concept qui peut créer des mélanges bizarres et des chimères contre nature dont l’éco-féminisme est un exemple, mais dont on peut toujours justifier l’existence par quelques divagations qui se prennent au sérieux.