Dans le JT de Pernaut, le journaliste Michel Izard a osé commenter des images extraites d’un match de football joué par des femmes de la façon suivante : "Avec des gestes si délicats, au bout de doigts si fins, on peut comprendre que certains rêveraient d'être à la place de la balle. Mais l'essentiel est ailleurs, dans ce jeu léger de jambes. Pour faire comme les garçons, pour faire du tricot sur la pelouse : une maille à l'endroit, une maille à l'envers... Et donner le tournis ou la rage de vaincre, entrer du bout du pied dans la ronde des jongles, numéro d'artiste de la Japonaise Hasegawa, même si la quête de grâce ne fait pas toujours dans la dentelle."
Les réactions n’ont pas tardé, et le journaliste, qui voulait sans doute faire dans le compliment voire dans le madrigal, fut accusé de sexisme. Il se répand à présent en excuses et se dit "dévasté" d'avoir commis une telle abomination.
On se demande vraiment en quoi l’auteur de ce commentaire s’est livré à une discrimination basée sur le sexe. La première phrase un peu coquine n’a rien de dégradant, à moins que la féminité le soit. "Tricoter avec les jambes" n’est pas à la portée de tout le monde et les images montrées permettaient d'utiliser cette image assez courante. Et de quoi un commentateur sera-t-il accusé lorsqu'il dira d’un footballeur mâle qu’il « tricote » avec les jambes en faisant une maille à l'endroit, une maille à l'envers ?
Ce commentaire se voulait amusant, il n’est pas sûr qu’il le soit, mais de toute façon on ne peut plus sourire. Invoquer la moindre différence, même si elle est plutôt favorable, est interprétée comme une agression. En fait, le processus est unidirectionnel. Une femme peut se moquer d’un homme sans que sa remarque soit considérée comme discriminatoire. En voici un exemple : à la suite du commentaire de Michel Izard, des images de Cristiano Ronaldo en action ont été commentées sur le site féministe Madmoizelle par la journaliste surnommée Queen Camille et relayée près de 10 000 fois sur Twitter : "Le regard lointain, la mâchoire carrée, Avec une jolie boucle d'oreille, pour faire comme les filles. Le jeune homme réalise son rêve de petit garçon. Ses muscles saillants de mâle dominant étourdissent l'adversaire, il est évident que certains rêveraient d'être ce short qui enserre sa taille. L'objectif est simple, marquer un but et pourtant pas si facile. Le puissant athlète exprime une rage virile"...
Et alors, on s’en fout…
Il est certain que toutes les communautés qui ont eu à souffrir des autres ont une hypersensibilité qui les fait réagir au quart de tour. Cette réaction est aussi le fait de ceux qui ne sont pas touchés mais se considèrent comme des gardiens vigilants de l’orthodoxie du langage. La crainte d’être aussitôt montré du doigt virtuel par la meute en réseau aboutit à créer une autocensure de l’expression jusqu’à l’absurde et à rabougrir le sens de l’humour jusqu’à sa disparition. Je ne sais même pas si de l’humour sur les animaux ne soulèverait pas les protestations des antispécistes.