La pièce où je suis est un capharnaüm indescriptible, couronné par une petite fuite d’eau, lent goutte à goutte provenant du plafond, et soigneusement recueillie dans une bassine.
J’ai été expulsé de mon bureau avec armes et bagages. Ils s’étalent sous mes yeux dans un parfait désordre, encore que je me demande si un désordre peut atteindre la perfection.
J’ai été chassé de mon bureau par des peintres qui s’acharnent en ce moment même sur les murs qu’ils grattent énergiquement.
Ce bureau, il fallait le repeindre depuis une éternité (à mon âge, on peut déjà parler d’éternité). Malgré les pressions, je fuyais ce moment.
Les livres !
J’ai renoncé pour les étagères murales qui seront recouvertes, mais Il fallait débarrasser au moins une bibliothèque.
Je l’ai fait ce matin.
Nombre de livres étaient jaunis, certains remontaient à ma scolarité ! Des livres dont je ne me souvenais plus les posséder, et même pour quelques-uns qu’ils furent écrits.
J’ai rempli des caisses jusqu’à l’épuisement.
Ce que la culture est lourde ! Quasiment intransportable. D’autres y sont parvenus. La culture n’est transportable que par les manuels (ce qui ne les empêche pas d’être également cultivés, devenant ainsi, lorsque c’est le cas, des êtres complets).
Après la tornade des travaux, je vais devoir ranger le contenu des dix caisses. Je m’étais toujours interdit de jeter le moindre livre lorsque je ne pouvais pas le donner. Cette fois, c’est décidé, je vais devoir en jeter et donc faire un choix. Sans doute à tort, je ne relis pratiquement jamais les romans, alors pourquoi tous les conserver lorsque je ne trouve pas preneur.
Quels seront les livres qui survivront à l’autodafé sans flammes ?
Suspense.
Des auteurs vont être dans leurs petits souliers. Enfin ceux qui sont encore vivants, mais ce sont les plus rares, et par charité je me dispenserai de les avertir de leur sacrifice.