Cette annonce suscite au moins deux questions. La première est, bien entendu, l’inscription du droit (ou de la liberté, selon une autre formulation proposée plus restrictive) à l’interruption volontaire de grossesse dans la Constitution, et d’après les analystes, cette inscription a toutes les chances d’être adoptée par les 3/5 des assemblées.
L’IVG encadrée par la loi est une nécessité. Ayant en tant que jeune médecin, avant la loi de 1975, assisté à la détresse des femmes recourant aux « faiseuses d’anges » qui les amenaient trop souvent à l’hôpital pour des complications parfois mortelles après un avortement dit « criminel ». Le fait qu’il soit considéré comme « criminel » et qu'il soit dangereux ne dissuadaient pas les femmes, en raison de leur situation, à ’interrompre leur grossesse dans des conditions le plus souvent déplorables.
Je comprends donc que l’on veuille protéger au maximum la loi qui permet aux femmes de recourir à l’IVG si elles le désirent, en sachant bien que ce recours est difficile, pénible, et jamais décidé de gaité de cœur de leur part. Pourtant cette loi a-t-elle sa place dans une charte dont le but est de préciser les principes et le mode de gouvernement ? Un fait médical au milieu des lois de gouvernance ? Je suppose que l’introduction de la loi de 1975 dans la Constitution rendrait son abrogation difficile mais pas impossible sous un gouvernement d’une autre nature. D’autres sont sûrement mieux placés pour discuter de la légitimité et de l’efficacité d’une telle démarche.
La deuxième question est plus politique. D’après le texte cité ci-dessus, le droit à l’IVG se retrouverait au milieu d’une révision plus large de la constitution et pourrait constituer, en quelque sorte, un cheval de Troie pour que le reste soit adopté. C’est malin, mais vicieux, si c’est le cas et dans la mesure où les articles du projet de révision de la Constitution ne seraient pas susceptibles d’être adoptés séparément. Le vice n'est jamais loin de la vertu.