Dans une tribune parue dans Le Monde le 25 janvier dernier, le directeur de l’AP-HP, Martin Hirsch, a déclenché une polémique en posant la question qui fâche : “Est-il logique de bénéficier des soins gratuits quand on a refusé pour soi la vaccination gratuite et qu’on met doublement en danger les autres, en pouvant les contaminer et en pouvant prendre une place en soins intensifs nécessaire pour un autre patient ? ”. D’abord, on peut faire remarquer que la vaccination n’empêche pas la contamination des autres lorsque l’on est porteur du virus même si le vaccin permet ne pas en être malade, et de réduire cette contamination. Reste que le vaccin peut permettre d’éviter une hospitalisation en soins intensifs qui risquerait de retarder ainsi le traitement parfois décisif d’autres malades, et si l’on est hospitalisé de ne pas mourir de la COVID. La vaccination n’étant pas une obligation légale, la déclaration de Martin Hirsch place le débat sur le plan moral. Le non-vacciné est-il coupable de refuser le vaccin ? Autrement dit, est-il coupable d’avoir peur du vaccin ? Non, bien sûr. Les coupables sont ceux, et notamment les médecins censés connaître la question, qui ont alimenté cette peur au besoin par le mensonge ou des raisonnements faux. Non seulement ceux qui diffusent de fausses informations sont coupables d’avoir conforter cette peur mais ils sont également les coupables indirects de la mort des non-vaccinés lorsqu’elle survient. Logiquement, ce ne serait pas aux malades non-vaccinés de payer les soins nécessaires pour les sauver mais à ceux qui intoxiquent la partie de la population terrorisée par la perspective d’être vaccinée. Et comme les responsables de la peur sont nombreux : complotistes, médecins, politiques, la somme à leur réclamer serait modeste (là, je n’en suis pas sûr car une journée en soins intensifs en région parisienne est de l’ordre de 3000 € !). On peut toujours rêver. Illustration : Joseph Ducreux : « Peur ».