Regretter sa naissance c’est également ce qu’affirme une Londonienne âgée de 20 ans, Evi Toombes née avec un spina bifida, malformation congénitale qui apparaît très tôt au cours du développement embryonnaire, caractérisée par l’absence de soudure des deux moitiés d’un ou de plusieurs arcs vertébraux postérieurs, le plus souvent dans la région lombo-sacrée, laissant une fente mettant à nu méninges et moelle épinière, ce qui peut entraîner des complications sévères, notamment des paralysies. Les conséquences de cette malformation sont très variables mais elles sont suffisamment importantes pour cette jeune Londonienne pour regretter d’être née. Elle a donc fait un procès au médecin généraliste de sa mère pour ne pas avoir tenté de prévenir la malformation en prescrivant à cette dernière, en dehors d’un régime (légumes verts riches en folates) une supplémentation en acide folique (vitamine B9) qui peut avoir une action préventive, mais pas totale, à condition d’être prescrit quelques semaines avant la grossesse que l’on doit donc programmer. Malgré toutes les incertitudes : la mère avait-elle programmé sa grossesse et consulté avant d'être enceinte ? La supplémentation en acide folique dont l’action préventive n’est pas absolue aurait-elle été efficace ? Aurait-elle pu être prescrite à temps avant la grossesse ? Evi Toombes a gagné son procès pour « conception illicite » et « être née dans un état endommagé » et elle devrait recevoir plusieurs millions d’euros en dommages et intérêts qui visent à couvrir l’ensemble des frais médicaux à la charge de la famille depuis la naissance ».
Ajoutons qu’Evie Toombes est connue comme une star du saut d'obstacles à cheval et elle a notamment participé à des compétitions nationales et internationales. Regrette-elle vraiment d’être née ?
Cette histoire amène (au moins) deux réflexions : une bonne et une mauvaise. La bonne : la fatalité recule puisque l’on peut tenter de prévenir des malformations congénitales. La mauvaise : plus la fatalité régresse plus la responsabilité du médecin augmente, la médecine devient de plus en plus un métier à risques, et la pandémie récente l’a bien montré puisque le médecin peut être agressé quand il fait bien son métier et même davantage que quand il le fait mal.
Illustration : Edgar Degas "La faute" "Hippodrome du Vésinet"