Nous avons beaucoup de raisons d’être inquiets et même d’avoir peur. Rafales d’armes de guerre, corps explosifs, couteaux, marteaux, bonbonnes de gaz, voitures tamponneuses. Il se passe toujours quelque chose sur la voie publique.
Si les corps des autres peuvent être inquiétants, c’est parfois notre propre corps qui est source d’angoisse, même sans raison.
Une étude en 2014[1] a montré que 13% des Français craignent d'être atteints d’une maladie, alors qu’ils n’ont aucun symptôme. Pour se rassurer (ou s’inquiéter) la plupart se précipitent sur toutes les sources d’information dont ils disposent, et notamment sur les sites, blogs, et forums qui foisonnent sur internet. La santé est en outre un des sujets favoris des médias dont les articles et les interviews inquiètent plus qu’ils ne rassurent. Quant au gouvernement, il diffuse des messages d’avertissement et de prévention dont la répétition, comme des rappels vaccinaux, entretient la tension mais pas l’immunité contre l’inquiétude.
Deux hypocondriaques sur trois environ vont finalement consulter un médecin et souvent plusieurs pour dissiper leurs doutes. Il n’est pas rare qu’ils arrivent au cabinet médical avec une liasse de documentation sur les maladies hypothétiques suggérées par leurs multiples recherches, demandant, en quelque sorte, au praticien de faire son choix diagnostique : épreuve redoutable.
Une étude sur le coût de l’hypocondrie pour le système de santé britannique vient d'être publiée dans le National Institute for Health Research Journal : il s’élèverait chaque année à 60 millions d'euros.
Peut-être qu’en France une source d’économie possible serait d’éviter d’alarmer inutilement les gens sur leur santé.
[1] Ifop-capital Image