Dans les premières années de ce blog j’avais publié un article (« On achève bien les chevaux ») sur la fin de vie que je publie à nouveau en le complétant.
Il y a de nombreuses années un ouvrage intitulé « Suicide, mode d'emploi » avait été édité. Mais ce livre avait été rapidement interdit. Nombre de suicides sont en effet des « suicides-chantages » et avec un bon mode d'emploi, de tels suicides risquaient d'être irréversibles à l'insu du plein gré de l'intéressé(e).
Actuellement, « l’assistance médicale pour mourir » (aide active, car l’euthanasie passive a toujours existé) est à nouveau sur la sellette (elle l’était à l’époque lointaine où j’avais écrit cet article et on voit qu’elle l’est encore) , toujours parce que cette pratique a droit de cité dans des pays voisins et que sa légalisation est réclamée par les partisans de « mourir dans la dignité ».
Sans prendre parti, car comment le faire, la vie est un bien éminemment personnel et chacun devrait pouvoir choisir sa fin (en sachant cependant que le choix n’est pas toujours le bon s’il ne correspond qu’à un état critique et provisoire), je voudrais faire quelques remarques en dehors de tout parti pris idéologique, qu’il soit religieux ou autre :
Le « médicale » passe très mal pour un médecin puisqu'il s'agit d'exécuter son patient lorsque celui-ci n'a pas le courage ou la possibilité de se suicider. La vocation du médecin n’est pas de donner la mort ou de favoriser le suicide.
Le « mourir dans la dignité » m'a toujours laissé perplexe. D'abord, parce qu'on ne laisse personne mourir de façon indigne quand on est digne d'appartenir au personnel de santé. Ensuite, mourir dans toute sa dignité serait mourir debout, sans altération de ses facultés mentales et physiques, c'est à dire peut-être un peu trop tôt et avec la possibilité de se suicider sans l'aide de personne. Enfin, pour avoir vu mourir des patients qui avait souscrit à cette association, à ce moment ultime leur ressenti était ailleurs et la dignité n'était pas leur préoccupation principale.
Les cas particuliers sont multiples, mais on peut les schématiser en quatre cas :
Dans le premier cas, la personne ne veut pas subir le déroulement d'une maladie et veut mettre fin à ses jours comme le candidat au suicide qui ne veut pas voir le déroulement de sa vie. Doit-on l'assister dans son suicide ? Doit-on être le serviteur qui poignarde son maître à sa demande et parce qu'il n'en a pas le courage ? S’il n’existe aucun espoir de guérison à moyen terme, si la souffrance existe ou la déchéance à brève échéance certaine, un malade qui veut interrompre sa vie « en douceur », avant de se confronter à une fin difficile, ira le faire dans un autre pays s’il est fortuné, les autres iront mourir lentement dans un service de soins palliatifs et quel que soit le dévouement des soignants, c’est une phase bien longue de déchéance et de souffrance sans espoir. Ceux qui avancent que la solution est dans le renforcement des soins palliatifs cherchent surtout à esquiver la question. Les soins palliatifs sont une nécessité, ce n’est pas la solution pour les malades qui veulent justement éviter de les subir. J'avoue avoir toujours été choqué de devoir concentrer les mourants dans un mouroir et les soins palliatifs (qui se bornent, en fait, à provoquer et à accompagner un état plus ou moins comateux) devraient pouvoir être faits en tout lieu, avec cependant la réserve, et elle est essentielle, que le personnel doit être formé pour une telle tâche.
Dans le second cas, il s'agit d'une fin de vie avec agonie douloureuse. La loi Leonetti permet de supprimer ou d’atténuer la douleur et d'abréger l'agonie en arrêtant les soins et l’alimentation. Doit-on aller plus loin en interrompant la vie du malade plus tôt sur sa demande ? On se retrouve alors dans le premier cas.
Dans le troisième cas, la vie n'est aucunement menacée, même à moyen terme, mais un handicap majeur rend la vie intolérable pour le patient et ...son entourage. En fait, le problème est là. L’interruption de la vie nécessite une tierce personne et exige la pleine conscience de la victime et l’expression de sa volonté. L’intervention d’un tiers est condamnée par la loi, aussi les gens fortunés se font transporter à l’étranger pour en trouver un.
Dans le quatrième cas le patient est dans le coma prolongé, il n’a exprimé aucun souhait par des directives anticipées ou ne peut en exprimer un, il est maintenu artificiellement en vie. Combien de temps faudra-t-il prolonger cette vie inconsciente ? S’il n’y a pas de mort cérébrale documentée, affirmer que l’on ne peut plus espérer un réveil est une appréciation de l’équipe médicale, mais qui peut se heurter aux espérances de la famille.
Je vous souhaite une bonne journée.