Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Header cover

547. Quatre nuances de fin de vie

Dans les premières années de ce blog j’avais publié un article (« On achève bien les chevaux ») sur la fin de vie que je publie à nouveau en le complétant.

Il y a de nombreuses années un ouvrage intitulé « Suicide, mode d'emploi » avait été édité. Mais ce livre avait été rapidement interdit. Nombre de suicides sont en effet des « suicides-chantages » et avec un bon mode d'emploi, de tels suicides risquaient d'être irréversibles à l'insu du plein gré de l'intéressé(e).

Actuellement, « l’assistance médicale pour mourir » (aide active, car l’euthanasie passive a toujours existé) est à nouveau sur la sellette (elle l’était à l’époque lointaine où j’avais écrit cet article et on voit qu’elle l’est encore) , toujours parce que cette pratique a droit de cité dans des pays voisins et que sa légalisation est réclamée par les partisans de « mourir dans la dignité ».

Sans prendre parti, car comment le faire, la vie est un bien éminemment personnel et chacun devrait pouvoir choisir sa fin (en sachant cependant que le choix n’est pas toujours le bon s’il ne correspond qu’à un état critique et provisoire), je voudrais faire quelques remarques en dehors de tout parti pris idéologique, qu’il soit religieux ou autre :

 Le « médicale » passe très mal pour un médecin puisqu'il s'agit d'exécuter son patient lorsque celui-ci n'a pas le courage ou la possibilité de se suicider. La vocation du médecin n’est pas de donner la mort ou de favoriser le suicide.

 Le « mourir dans la dignité » m'a toujours laissé perplexe. D'abord, parce qu'on ne laisse personne mourir de façon indigne quand on est digne d'appartenir au personnel de santé. Ensuite, mourir dans toute sa dignité serait mourir debout, sans altération de ses facultés mentales et physiques, c'est à dire peut-être un peu trop tôt et avec la possibilité de se suicider sans l'aide de personne. Enfin, pour avoir vu mourir des patients qui avait souscrit à cette association, à ce moment ultime leur ressenti était ailleurs et la dignité n'était pas leur préoccupation principale.

 Les cas particuliers sont multiples, mais on peut les schématiser en quatre cas :

Dans le premier cas, la personne ne veut pas subir le déroulement d'une maladie et veut mettre fin à ses jours comme le candidat au suicide qui ne veut pas voir le déroulement de sa vie. Doit-on l'assister dans son suicide ? Doit-on être le serviteur qui poignarde son maître à sa demande et parce qu'il n'en a pas le courage ? S’il n’existe aucun espoir de guérison à moyen terme, si la souffrance existe ou la déchéance à brève échéance certaine, un malade qui veut interrompre sa vie « en douceur », avant de se confronter à une fin difficile, ira le faire dans un autre pays s’il est fortuné, les autres iront mourir lentement dans un service de soins palliatifs et quel que soit le dévouement des soignants, c’est une phase bien longue de déchéance et de souffrance sans espoir. Ceux qui avancent que la solution est dans le renforcement des soins palliatifs cherchent surtout à esquiver la question. Les soins palliatifs sont une nécessité, ce n’est pas la solution pour les malades qui veulent justement éviter de les subir. J'avoue avoir toujours été choqué de devoir concentrer les mourants dans un mouroir et les soins palliatifs (qui se bornent, en fait, à provoquer et à accompagner un état plus ou moins comateux) devraient pouvoir être faits en tout lieu, avec cependant la réserve, et elle est essentielle, que le personnel doit être formé pour une telle tâche.

Dans le second cas, il s'agit d'une fin de vie avec agonie douloureuse. La loi Leonetti permet de supprimer ou d’atténuer la douleur et d'abréger l'agonie en arrêtant les soins et l’alimentation. Doit-on aller plus loin en interrompant la vie du malade plus tôt sur sa demande ? On se retrouve alors dans le premier cas.

Dans le troisième cas, la vie n'est aucunement menacée, même à moyen terme, mais un handicap majeur rend la vie intolérable pour le patient et ...son entourage. En fait, le problème est là. L’interruption de la vie nécessite une tierce personne et exige la pleine conscience de la victime et l’expression de sa volonté. L’intervention d’un tiers est condamnée par la loi, aussi les gens fortunés se font transporter à l’étranger pour en trouver un.

Dans le quatrième cas le patient est dans le coma prolongé, il n’a exprimé aucun souhait par des directives anticipées ou ne peut en exprimer un, il est maintenu artificiellement en vie. Combien de temps faudra-t-il prolonger cette vie inconsciente ? S’il n’y a pas de mort cérébrale documentée, affirmer que l’on ne peut plus espérer un réveil est une appréciation de l’équipe médicale, mais qui peut se heurter aux espérances de la famille.

Je vous souhaite une bonne journée.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
La mort subite est la mort la plus digne. Je dirais plutôt la plus belle. vivre pleinement jusque la fin, comme le chêne qui finit foudroyé.<br /> <br /> Dr Wo, vous avez une idée préconçue du service de soins palliatifs. Mon frère y est entré quand les soins à domicile deviennent difficiles, sauf si l'aidant (conjoiint/ enfant) est là en permanence. Effacer un pli, du couchage, replacer un oreiller, offrir un sourire, échanger avec le malade, recharger le téléphone portable, proposer les service d'un psychologue, d'un aumonier... Soutenir et accompagner les proches aussi.<br /> <br /> Quand la douleur est devenue trop forte, on lui a proposé un supplément de morphine, sachant que dans son état cela pouvait le tuer. En fait on lui en avait parlé bien auparavant. Il a pris sa décision, nous a fait ses adieux. Il a passé une bonne nuit qui l'a un peu retapé. Il nous a dit que de toute façon c'était la fin et quelques jours après il a refait une demande. Cette fois, il ne s'est pas réveillé.
Répondre
D
Loin de moi l'idée de discuter de la nécessité des soins palliatifs et du dévouement du personnel auprès des malades. Reste que c'est un lieu sans espoir où l'on concentre les mourants et qu'il y a des gens qui préfèrent éviter cette phase terminale.
C
Si on veut en finir avec la vie, sans recourir au suicide, il reste la possibilité de prendre un aller simple pour Moscou et une fois sur la place Rouge de crier ''à bas Poutine''. <br /> <br /> Bon ok, je sors :-(
Répondre
D
Avec le risque d'être bien soigné.
B
Notre société veut "tuer" la mort, la nier, l'nvisibiliser, la confiner dans une zone grise et taboue, la confier les yeux fermés aux professionnels de la profession <br /> Je me souviens de ces deuils paisibles n'excluant ni la peine ni le recueillement sincères, le catafalque noir et argent à la porte du défunt, le cortège avançant lentement curé en tête salué respectueusement par les passants de hasard, et puis le dernier verre où on se rappelait les bons moments avec ce sacré farceur.
Répondre
D
Que d'os ! Que d'os !
B
Toujours sur le même thème de la fin de vie, avec un soupçon de poésie populaire et de souvenirs enfouis :<br /> https://youtu.be/U0GqVTcXYwQ?list=RDU0GqVTcXYwQ<br /> <br /> ne me remerciez pas
D
Belle référence au répertoire des chansons
S
Mais où sont les funérailles d'antan ? <br /> Y a un mort à la maison, si le coeur vous en dit, venez le pleurer avec nous sur le coup de midi.<br /> Les petits macchabées, macchabées, ronds et prospères, quand les héritiers étaient contents, au fossoyeur, au croque-mort, au curé, aux chevaux même ils payaient un verre. On ne les reverra plus, car elles ont fait leur temps, les belles pom pom pom, pom pom pompes funèbres de nos vingt ans.
D
Vous avez raison.
P
1) Qu'appelez-vous "euthanasie passive" qui aurait toujours existé?<br /> 2) Laissez mourir quelqu'un de faim et de soif (si j'ai bien compris "en arrêtant les soins et l'alimentation) est-ce une euthanasie passive?
Répondre
D
L'arrêt volontaire des soins qui maintenaient un patient en vie est une euthanasie passive puisqu'il conduit rapidement à la mort. Elle est permise par la loi actuelle, l'inverse est "l'obstination déraisonnable"
H
Et parfois, ils réfléchissent… mais sans tain.<br /> Cocteau avait l’élégance du paradoxe : le miroir renvoie vite, la pensée lentement — d’où les accidents de lucidité.<br /> Disons que celui-ci a pris une seconde de plus avant de répondre. C’est déjà un progrès.
Répondre
D
En outre, le miroir donne une image inversée.
H
Dont acte, Dr WO.<br /> Les distorsions sont restées polies, l’essentiel a tenu bon — et l’esprit de l’article aussi.<br /> Content d’avoir servi de miroir (légèrement imparfait, comme tout miroir honnête).
Répondre
D
Comme le disait Cocteau : "Les miroirs devraient réfléchir avant de renvoyer notre image"
H
CHATGPT <br /> Dr WO revisite la question de la fin de vie sans dogme ni posture idéologique. Il rappelle que l’« assistance médicale pour mourir » pose une contradiction majeure : demander au médecin, voué à soigner, de donner la mort. L’expression « mourir dans la dignité » lui paraît floue, voire trompeuse, la dignité relevant davantage du regard des vivants que de l’expérience du mourant.<br /> Il distingue alors quatre situations :<br /> Le malade lucide, incurable, refusant la déchéance annoncée : les plus aisés partent mourir à l’étranger, les autres subissent une longue agonie en soins palliatifs, solution nécessaire mais souvent esquive du vrai dilemme.<br /> L’agonie douloureuse, déjà encadrée par la loi Leonetti, qui soulève la question de savoir s’il faut aller plus loin et plus tôt.<br /> Le handicap majeur sans menace vitale, où la demande de mort implique un tiers, légalement interdit, creusant une inégalité sociale évidente.<br /> Le coma prolongé sans directives, où la décision repose sur une appréciation médicale incertaine, souvent en conflit avec l’espoir des proches.<br /> Sans conclure, Dr WO souligne la complexité irréductible de ces choix, où s’entrelacent liberté individuelle, souffrance, responsabilité médicale et limites du droit.
Répondre
D
Analyse claire et concise de mon article avec quelques petites distorsions sans importance.
L
Meurt-on vraiment dans la dignité, (c'est un slogan à la mode aujourd'hui) on meurt tout simplement.<br /> Mais ceux qui sont pour l'euthanasie comme par exemple la très âgée Line Renaud se garde de faire pour elle ce qu'elle préconise pour les autres !
Répondre
D
La mort subite est la mort la plus digne. La dignité est de ne pas donner à soi-même et aux autres le spectacle de sa déchéance.