202. Une étude douteuse
Publié le 18 Février 2016
Dans une émission de télévision le très médiatique Michel Cymes (ancien chirurgien ORL), un des présentateurs du « Magazine de la santé » s’est fait l’écho d’une étude qui avance que des cancers du sein survenant chez la femme après la ménopause seraient évitables si elle modifiait ses comportements.
Il existe, en effet une étude réalisée par des chercheurs de l’Institut Gustave Roussy (Paris), parue au début février qui va dans ce sens. Elle a porté sur 67 634 femmes issues de la cohorte française E3N. Les patientes avaient entre 42 et 72 ans. Après 15 ans de suivi, 3 138 cancers du sein ont été diagnostiqués après la ménopause (497 avant).
Françoise Clavel-Chapelon, directrice de recherche Inserm, et principal auteure de ce travail a déclaré : "après la ménopause, plus de la moitié (53,5 %) des cas de cancer auraient pu être évités avec un comportement adapté"
Diantre.
Et l’étude relève en particulier les facteurs suivants sur lesquels on pourrait agir :
L’utilisation d’un traitement hormonal de la ménopause (14,5 % de cancers évitables), moins prescrit actuellement,
Une alimentation déséquilibrée (10,1 %),
La consommation d’alcool (plus d’un verre par jour) (5,6 %),
Le surpoids à l’âge adulte (IMC >=25kg/m2) (5,1 %).
La maigreur à la puberté dont la correction permettrait d’éviter 17,1 % des cancers du sein post-ménopausique.
A noter que d’autres facteurs incriminés comme le tabac, le stress…ne figurent pas dans la liste dont j’ai eu connaissance.
Ce travail me laisse plus que perplexe.
- La moitié des femmes qui avait un cancer n’avait aucun de ces « comportements ». On peut déjà en conclure que leur impact est plutôt faible. Comment peut-on se permettre de dire que « plus de la moitié des cas de cancer auraient pu être évités avec un comportement adapté» ?
- Comment peut-on affirmer une relation de cause à effet entre ces facteurs et la maladie ? Et même si deux phénomènes évoluent dans le même sens, il n’est aucunement certain que l’un est la cause de l’autre car les deux peuvent être provoqués par un troisième facteur.
- Une relation pourrait être établie que si la suppression du facteur incriminé prévenait l’apparition du cancer. On peut peut-être en douter puisque la moitié des femmes chez lesquelles on ne retrouvait pas de facteurs « favorisants » ont eu un cancer.
- Cette étude douteuse risque néanmoins d’entraîner une culpabilisation des femmes atteintes d’un cancer du sein.
Au total, je trouve les conclusions affirmées à l’issue d’une étude aussi critiquable, plutôt scandaleuses, ce qui ne les empêche pas d'être largement médiatisées, mais ce qui ne veut pas dire non plus que ces « comportements » n’ont pas une influence, encore fallait-il le démontrer.
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