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173. La médecine contaminée par la politique

 

Le 3 avril 2015, l'amendement n°1289 à la loi de santé a été adopté : « Nul ne peut être exclu du don de sang en raison de son orientation sexuelle ». Levée de l’interdiction qui empêchait jusqu’à présent (depuis 1983) les homosexuels masculins de donner leur sang. Ce n’est pas l’orientation sexuelle qui importe mais les comportements qui peuvent en découler.[1] C'est tout de même un peu jouer sur les mots.

On se demande d’abord pourquoi une telle décision n’a pas été prise par les banques de sang plutôt que par les députés. Il est vrai que le lobby des homosexuels est plus puissant à l’Assemblée nationale que dans le milieu médical.

On nage en pleine confusion. Il s’agit de prendre des mesures concernant une maladie infectieuse et pas de promouvoir une égalité ou de lutter contre une discrimination.

La question est aussi de savoir si les homosexuels sont prêts à transmettre aux autres le virus dont ils sont éventuellement porteurs. Si cela se produisait, la population se retournerait contre eux. La sérologie ne devient positive qu’avec retard, le virus, bien que présent dans le sang prélevé, peut ne pas être décelé au contrôle lors d’une contamination récente.

Ce n’est pas la première fois que la politique vient polluer la médecine. Dans les années 80, « L'affaire » du sang contaminé par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) responsable du sida s'était révélée en France médicalement incorrect et politiquement correct. Elle avait illustré avec éclat, l'exception française et les avantages du service public : le taux cumulé de sida d'origine transfusionnelle (hémophiles et transfusés) par nombre d'habitants en 1998 a été en France près de cinq fois supérieur à celui de l'Italie, près de dix fois celui de l'Allemagne et plus de treize fois celui du Royaume-Uni..Ce record avait été établi grâce à la préservation revendiquée de la vie privée des donneurs de sang pour ne pas écarter, par des questions insidieuses, ceux qui avaient le plus de risque d'être atteints par le virus : homosexuels, toxicomanes, et délinquants emprisonnés, permettant ainsi de le transmettre aux futures victimes dont la vie a paru moins respectable que le politiquement correct. Le droit avait été donné à un futur opéré ou un malade de refuser la vérification de son « statut viral », c'est à dire la révélation d'une éventuelle atteinte par une hépatite ou le sida alors que son sang pouvait contaminer le personnel soignant. L'intérêt industriel national a permis de prendre trois mois de retard par rapport aux autres pays développés pour appliquer le test de dépistage français, et près d'un an pour éliminer le virus des produits sanguins, pour éviter d'importer les méthodes déjà mises au point aux USA, alors que d'autres pays n'avaient pas  hésité à le faire. Quant aux produits en stock et en circulation dont le virus n'avait pas été éliminé, ils ont été laissés à la disposition du public pour des raisons économiques. Les laboratoires privés dans les pays voisins s'étaient empressés de les retirer du commerce pour éviter d'éventuels procès, ce que le service public en France n'a pas fait, pensant être à l'abri de ce type de désagréments. Pour ce triste record nos politiques ont admis être responsables mais pas coupables et les médecins intéressés se sont avérés irresponsables et coupables.

Aujourd’hui la trithérapie a bouleversé la donne et l’infection au VIH est devenue chronique. Par contre, nombre d’homosexuels masculins n’ont guère modifié leurs comportements tout en abandonnant le préservatif. L’épidémie ne régresse pas parmi eux. Leurs comportements à risque ont augmenté de 32% en 2004 à 38% en 2011, et l’incidence (nouveaux cas) de l’infection à VIH est chez eux 200 fois plus élevée que chez les hétérosexuels. La prévalence (nombre de cas dans la population) est 65 fois plus élevée. 19% des transgenres seraient séropositifs (Lancet 2012) 

D’après le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) qui consacrait son numéro du 23 octobre 2012 à la sécurité des produits sanguins, si tous les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) s’abstiennent de donner leur sang le risque de transmettre le virus du sida serait de 1 sur 5700000 dons. Entre 2008 et 2010, 28 séroconversions sont survenues chez les donneurs réguliers, 23 étaient de hommes et 12 d’entre eux ont admis a posteriori leurs rapports sexuels réguliers avec des hommes, de ce fait, le risque actuel est estimé a 1 sur 2900000. En excluant du don de sang que les homosexuels multipartenaires au cours des 12 derniers mois (ce qui est envisagé), le risque pourrait s’élever au pire à 1 sur 700000, soit 4 fois plus élevé qu’aujourd’hui. Mais que ne ferait-on pas pour que les homosexuels ne se sentent pas discriminés.  

Le don du sang n’est pas un droit mais une offre généreuse, et seul le corps médical devrait pouvoir juger de son opportunité. N’est-il pas ahurissant que les politiques et les groupes de pression ne cessent de s’en mêler ? L’interdiction était largement étayée par les constatations actuelles et ne cherchait aucunement à nuire aux personnes visées.

Il s’agit avant tout d’un problème médical : protéger la population contre une infection. Isoler un malade contagieux n’est pas une discrimination du malade en tant qu’être humain, mais une protection des autres. Un navire que l’on met en quarantaine n’est pas une discrimination des passagers, mais un isolement des porteurs possibles d’une maladie contagieuse, parmi ces passagers certains ne sont pas atteints mais ils risquent de l’être ou de transmettre la maladie, d’où leur isolement obligatoire. La situation est semblable pour les homosexuels masculins, environ 60% d’entre eux n’ont pas ou n’ont plus de comportements à risque, mais la difficulté est d’en être certain, et la prudence aurait du s’imposer.[2]

 

[1] Position du gouvernement : « [Il s'agit de] lever les discriminations relatives à l'orientation sexuelle, et de leur substituer un critère de comportement sexuel s'appliquant à l'ensemble des donneurs potentiels. »

[2] Dans un avis rendu le 31 mars 2015, le CCNE (comité consultatif national d’éthique) avait estimé que l'exclusion permanente des homosexuels du don du sang devait être maintenue, dans l'attente d'une réflexion collective et de nouvelles recherches
 

 

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D
Un fou furieux ne pourrait contaminer que si son infection est récente et son don de sang fait pendant la fenêtre sérologique.<br /> Mes meilleurs œufs pour Pâques.
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Z
Un excellent billet Doc, qui comme Pascale me fait frémir. Cette "fenêtre silencieuse" est un danger potentiel, soit la période initiale de 12 jours durant laquelle l'infection demeure indétectable. Les homosexuels, les usagers de drogues injectables et les transfusés étaient exclus du don du sang en France depuis 1983. Et le vote des députés contre l'exclusion des homosexuels du don de sang est une hérésie et criminel, même si le dernier cas de contamination remonte à 13 ans !<br /> Le Comité d’éthique a entièrement raison de considérer qu'il faut maintenir les contre-indications en attendant de nouvelles études scientifiques et des évolutions jugées "indispensables" sur l'information et la responsabilisation des donneurs.<br /> Il y a aussi le commentaire de Carlus qui m'interpelle ! Il a raison de poser la question sur les mesures qui sont prises pour vérifier l'homosexualité de certains donneurs de sang. Excepté une attestation sur l'honneur, n'importe quel fou furieux peut contaminer ! <br /> Bonne soirée mon ami et joyeuses Pâques.... Ne faite pas l’œuf ! <br />  <br />  <br />  <br />  
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D
PANGLOSS. Et dans ce cas il ne s'agit aucunement d'une discrimination. Le politiquement correct peut devenir assassin et il l'a été dans les années 80.
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D
CARLUS. Ce que vous dites est exact. D'ailleurs dans l'étude BEH, 12 donneurs de sang ont admis par la suite avoir eu des rapports avec des hommes. Mais les sangs sont contrôlés et le seul hic - et ils est de taille - c'est cette "fenêtre" sérologique et moins il y aura d'homosexuels donnant leur sang plus le risque de faux négatifs sérologiques sera réduit.
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P
L'affaire du sang contaminé devrait faire réfléchir.Je partage le point de vue de Carlus et, au commentaire de Nouratin, après "bêtise", j'ajouterai "criminelle". Ce refus de la discrimination semble être bien dans la ligne d'une certaine idéologie de gauche.
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C
Je suis bien d'accord avec vous que confondre exigence médicale et exigence morale est bien une stupidité de politiciens bien-pensant.<br /> Mais je vous pose une question, Doc : Cette décision n'a-t-elle pas une portée pratique très limitée dans la mesure où l'exclusion des homosexuels du don de sang  ne reposait que sur une simple question posée au donneur ? <br /> Il n'y avait ni enquête, ni contrôle, ni même déclaration sur l'honneur et menace de sanctions en cas de mensonge !  Donc aujourd'hui déjà, tout homosexuel peut déjà donner son sang en répondant simplement NON à la question "êtes-vous homosexuel?"<br /> La sincérité de cette communauté était-elle suffisante pour nous mettre à l'abri du risque ?
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D
C'est pour ça que l'on dépasse les bornes.
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N
C'est effrayant, dans ce pays la bêtise ne connaît plus aucune limite!<br /> Amitiés.
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D
La "fenêtre" sérologique peut aller de 3 à 6 semaines, à l'origine de faux négatifs.
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P
Bonsoir Paul,<br /> Votre article me terrifie. Vous avez mille fois raison. Que viennent faire les politiques dans ce débat qui ne devrait concerner que la profession médicale ? J'avais oublié que la sérologie ne devenait positive qu'avec du retard. Pas un journaliste ne l'a rappelé dans son exposé ! Je suis stupéfaite. <br /> Merci pour votre excellent billet.<br /> Bonne soirée.
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D
On mélange tout et ce n'est pas bon.
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L
La médecine aujourd'hui est dans des mains non seulement incompétentes, mais aussi tueuses!<br /> S'ils continuent comme cela ils vont faire de nous un pays de zombies!<br /> Mais "l'affaire  du sang contaminé" a été jugée et ses acteurs reconnus "NON COUPABLES", c'est pour cela qu'il continuent de polluer par leur présence le monde politique!<br />  
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